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-But if you'd rather watch a movie, you're also welcome at
Disorder in Discipline-



Friday, 23 September 2011

Bellow the bottom shelf whith... Bertrand Bonello

Vous voulez la vérité ? Un critique de cinéma ne cherche qu’une chose : un cinéaste dont les obsessions (même les inavouables, surtout les inavouables) rencontreraient les siennes. Ça n’arrive pas tous les jours, mais parfois quand même (sinon c’est la misère). Il est sans doute plus pratique que ce cinéaste miroir soit mort (close, l’œuvre ne pourra plus décevoir) mais il est quand même plus excitant et nourrissant que ce cinéaste là soit vivant. Et encore plus qu’il soit de notre génération. Bertrand Bonello est ce cinéaste pour moi, et je n'ai pas mis dix ans à le comprendre. Je ne le connaissais pas du tout la première fois que j’ai vu Le Pornographe, c'était à Cannes, mais j’ai vite compris que je n’étais plus seul dans mon coin à faire des ponts insensés entre Jean Eustache et le porno seventies; puis il y a eu des interviews où l’on se disait moins de choses qu’on n’en comprenait; puis il y a eu Tiresia, ce film dont je peux dire que je ne sais toujours pas de quoi il parle mais dont chaque plan tremble au plus profond de moi. Et cette Apollonide fin de siècle, sortie mercredi ? Elle met en scène un monde enlisé et hypnotique dans lequel je voudrai passer des heures, des siècles. C'est son plus grand film. C’est le plus beau film fait en France cette année, mais il n'est pas interdit de voir au-delà de la France et au-delà de l’année…
On aurait pu faire avec Bertrand Bonello un questionnaire musique (j’ai encore une compil northern soul à te uploader, au fait), c’est tombé sur les livres. C’est plus secret les livres, on n’en parle pas comme ça, dans un café, et encore moins en interview. La peur d'être cuistre, sans doute. Mais ce blog sert aussi à ça, à faire dire à des gens que l’on estime ce qu’ils ne nous ont pas confié tout au long de ces années et que, d'ailleurs, nous serions bien emmerdés de leur demander de vive voix. On est heureux, et fiers, et tout le reste, de rouvrir avec Bertrand Bonello une rubrique augurée il y a deux ans déjà avec Philippe Garnier, Mickey Moonlight et Didier "Tweet" Péron – lequel, le monde est riquiqui, a signé mercredi dans Libé un article sur l’Apollonide après lequel on ne souhaite à personne de passer. Quand vous aurez lu ça, vous saurez quoi faire. Le chemin de la salle n'est plus si loin, et les Souvenirs de la maison close si proches..
.

Où lisez-vous? En musique? En silence, Le matin, La nuit?
Majoritairement, dans mon bureau. Un grand fauteuil rouge, ou un “lit de jour” suédois. Plutôt le jour.Vers 17h, 18h.Sinon, le métro et le train.Pas de musique. Ne pas mélanger.

L’ecrivain le mieux habillé, à vous yeux?
J’ai toujours trouvé Pasolini très bien habillé, alternant entre le costume/ cravate fine , le gilet avec coudière ou la veste en cuir italien. Et puis, il arrive même à porter de belle manière le short de football. Sans parler de ses montures fumées.

Quel titre de livre pourriez vous faire tatouer?
Rose Poussière.

Hors fiction, votre livre fetiche?
L’homme de cour, de Baltasar Gracian. Ou l’on voit que le monde finalement n’a pas tant changé que ça.

Une ligne d'un poeme?
“Si je ne brule pas, si tu ne brules pas, si nous ne brulons pas, comment les ténèbres éclaireront-elles la nuit ?”

Un livre a adapter au cinema de toute urgence?
J’ai rêvé à un moment une adaptation de Pétrole, de Pasolini
Sinon, Rêver sous le IIIème reich, de Charlotte Beradt

S'il ne restait qu'un livre sur le cinema?
Les Notes sur le Cinématographe de Bresson. Sans hésitation.

Que lire dans la salon d’un bordel?
Des choses courtes, des pensées… Oscar Wilde, peut-être. Des choses qui pourraient se partager rapidement.
Surtout rien de sexuel. Ce serait déplacé.

Un beau livre rare sur le bordel?
Nicole Canet va sortir un livre avec de rares photos et documents. Je pense qu’il sera beau.

Quel livre vous definirait le mieux?
Il y a quelques années, j’aurais dit Le métier de vivre de Pavese. Là, je ne sais pas. Je me sens un peu trop flou pour me définir. Surtout par un livre.

Votre Audiobook idéal?
Je n’aime pas trop qu’on lise pour moi. Je préfère trouver ma propre musique aux mots des autres.
Ou alors, qu’on me lise quelque chose dans une langue que je ne comprends pas, sans me traduire. Peut-être la Divine Comédie de Dante, lue en alternance par Nanni Moretti et Asia Argento.

Un livre ayant suscite chez vous un emoi sexuel (apres l'adolescence)?
Ma vie secrète, un anonyme anglais du XIXème, traduit par Pauvert. Une grande traversée.

L'ecrivain dont le style (ecriture) vous touche le plus?
Peut-être Bataille. Je le vois comme le plus grand styliste du 20ème siècle.
Il rapproche des mots jamais rapprochés auparavant. Il arrive à créer de ces rapprochements des émotions incroyables chez moi.

Un livre qui vous a fait pleurer?
C’est pathétique, mais je crois me souvenir que la mort d’un chien dans un livre de Houllebecq m’a tirée quelques larmes.
En même temps, si on est honnête, on pleure souvent pour de l’inavouable. (je parle de la mort du chien, pas de Houllebecq).

Un heros littéraire de votre enfance, un pour maintenant?
Sherlock Holmes m’a fasciné pendant une bonne partie de mon enfance. Le violon, la drogue, l’exigence…
Aujourd’hui, je crois que je l’aime encore.

Vous devez ecrire un titre de la serie SAS. Quel serait son titre? Quelle actrice pour la photo?
De Villiers est déjà allé très loin. Il est dur à battre. Mais je tenterai “SAS contre les fils de chien de la crasse.”
Tristane Banon en couverture.

Un grand roman de droite?
Beaucoup de grands auteurs sont de droite, il me semble.
J’avais beaucoup aimé les textes de Dominique de Roux, mais je ne les ai pas relus depuis longtemps.

Les livres de photos ou d’artistes vous touchent-ils?
Ils m’intriguent, m’intéressent, me nourrissent, mais me touchent peu. Excepté (mais ce ne sont pas que des photos), LES HISTOIRE(S) DU CINÉMA chez Gallimard. Bouleversant.

Votre Blake et Mortimer (ou Tintin) favori?
Les 7 boules de Cristal. Une histoire de dingue.

Un critique littéraire que vous pourriez suivre les yeux fermés?
J’ai toujours trouvé Sollers meilleur comme guide littéraire que comme écrivain. C’est déjà énorme.

Que lisez vous en ce moment et quel fut votre dernier choc litteraire?
Dernier choc littéraire: Roman avec cocaïne, de Aguéev, écrivain dont on ne sait rien. Là, ce moment, je ne lis rien. La rentrée littéraire m’a terrifié.

Les trois livres que vous recommandez toujours parce que vous pensez que personne d'autre ne les connait?
Je recommande souvent PETROLE, de Pasolini. Il n’est pas inconnu mais en fait, personne ne l’a lu.
Sinon, je ne me sens pas défricheur en littérature, ni en possession de raretés sublimes.

Quelque chose de redhibitoire dans un livre?
Le manque de littérature ? Ou de musique dans la littérature, comme dirait JJ Schuhl.

Thursday, 22 September 2011

Joel Meyerowitz, Wild Flowers, 1983



"From nearly twenty years now I've tended to this garden in the streets and parks and cities I have visited or lived in. For a while I didn't know that I was making a garden. I was simply doing what gave me pleasure. I went out walking, wherever I was, and looking, and laughing and taking it all in - with a sense of wonder - the endless supply of things there is to see ! I have found that I can stop almost anywhere, and if I watch carefully, something of interest will emerge from the tumult or the void in front of me - but only if I give it all my attention. Only then might the humble everyday gesture turn into the sublime before my eyes.
I like doing this - going out into the streets - prepared, with desire and a machine wich is perfectly suited to the task of taking it in. The camera, like the flicker of an eyelash, effortlessly interrupts time, stops it and holds it forever. It takes cuttings of hundredths of a second and transplants them on film, and later in our minds, to grow there if they can.
"




Joel Meyerowitz, Wild Flowers, New York Graphic Society Books, 1983

Tuesday, 20 September 2011

Frank O' Hara, For James Dean, 1955. For Joel, 2011.

O'Hara wrote these lines for Dean. I'll borrow them for someone that was close to my heart and chose to leave us here, on our fucking own. I understand him. And, at the same time, I'll never understand. Nothing more is to be said.

[to read the poem, click on the images...]

To Joel Dever, 1986-2011.





Sorry, there was one more thing to be said: more people on these shores should read Frank O'Hara. A pretty good anthology is: The Collected Poems of Frank O'Hara, edited by Donald Allen, University of California Press, 1995. Mais on y reviendra.


Quote

«Dans la camionnette, tous les vêtements étaient les mêmes, entassés et lavés ensemble, puis distribués, tant d’unités par personne, sans tenir compte du possesseur original ni de l’utilisateur précédent. Telle était la vérité de la communauté du corps. Mais cela procure assurément un curieux sentiment de porter les chaussettes de l’un et les sous-vêtements de l’autre. Cela vous donne le frisson, la chair de poule. Vous donne envie de marcher un peu ratatiné en soi-même, pour ne pas toucher les vêtements dans lesquels on se trouve. »

ps: J'ai lu pour la première fois ces lignes en 2004 (à Beyrouth, où se passe une partie du roman). Elles décrivent de quelle insidieuse façon la Secte Moon s'y prenait pour casser les corps, les faire plier, les soumettre. Cette image d'un bassin qui se ratatine pour ne pas frôler la culotte contre laquelle il frotte, depuis me hante.

Don Delillo, Mao II, 1990, traduit par Marianne Véron, Actes Sud/Babel, p.97-98

Thursday, 15 September 2011

Least Wanted, ed. by M.Michaelson & S.Kasher, 2006











































Looking at these two guys, How the hell could I ever have thought I was cool?


And this is a nearly random pick in this 'punch in the face' volume of 300 pages. A punch in the face of what ? Well... First, in my comfortable middle class guilt, and in the 'bad boy/tough guy' romanticism that goes along with it. But also a punch in the face of Fame, that I should write with a small f when it takes the form of a pathetic mugshot of a so-called star from the underworld or the overworld (same). Maybe in the face of Greed as well, as these ones shine when all they ever got dealt is a bad hand. La beaute est dans le crime qui ne paie pas.
Yep, these ghosts who without bad luck, would not have had any luck at all, they've got a grace that no money can buy.


Least Wanted-A Century of American Mugshots, ed. by M.Michaelson & S.Kasher, Steidl/Kasher, 2006.



Wednesday, 14 September 2011

Osvaldo Lamborghini, Une théorie du montage, circa 1980

On se sent comme chez soi dans le catalogue (tout en noir et blanc - bonne idée) de la Biennale de Lyon qui ouvre demain matin : photos des oeuvres + fragment de textes de Burroughs, Gombrowicz, Bowles, Thomas Bernhardt, Borges ou Roberto Arlt. Mais une nouvelle nous a fait hurler de rire tellement elle est implaccable. Elle est signée Osvaldo Lamborghini. On ne va pas vous la raconter, Lamborghini on ne connaissait pas. On sait désormais qu’il est argentin (merci wikipedia), baroque, lacanien, mort et enterré (en 1985, à Barcelone) et que seule ici Laurence Viallet (respect !) s'est aventurée, pour l'heure, à le traduire (le Fjord suivi de Sebregondi recule - merci Amazon).
Mais attention quand même, parce qu'une fois que vous aurez lu ces lignes, vous saurez, comme nous, que vous venez de rencontrer un écrivain qui ne va pas vous lâcher de sitôt. Un gros enculé d’écrivain.

«Je me rends très souvent dans un café de la rue Talcahuano. L’atmosphère est tranquille, paisible, et l’on peut même y lire (penser est presque partout impossible). En fait je n’y vais plus : mais j’y allais, et ça me plaisait. L’un des clients était un jeune grassouillet (un gros cul), habitué de la même table et du même serveur. Il plaisantait toujours avec le serveur et ils semblaient s’amuser beaucoup, il était aussi évident qu’ils s’estimaient au-delà d’une relation client-serveur. Ce dernier était provincial et parlait avec un fort accent, ce qui faisait paraître ses blagues plus drôles qu’elles n’étaient en réalité.
La soirée du 18 septembre 1978 était comme les autres, et le café, tranquille, comme toujours. Tout identique jusqu’au couple du salon privé qui prenait un café et se faisait les yeux doux avant de gagner leur chambre d’hôtel (ils avaient probablement les jambes enlacées sus la table, vieux truc pour se chauffer en public, mais cela, personne ne pouvait l’affirmer – si : il était sur que les jambes répétaient là la milonga qu’elles danseraient ensuite au lit, vicieux).
Arriva le fessu, le gros cul, appelez-le comme vous voudrez. Il s’assit à sa table, et les vannes mutuelles commencèrent, certaines lourdingues, avec le serveur provincial. Le tas de graisse commanda un pichet et les blagues continuèrent, toujours à voix haute, sans rien de secret. Ils étaient l’attraction vivante du café (moi je cessai de m’y rendre après la tragédie). Le fessu lui fit une blague idiote et grossière, comme ils en avaient l’habitude entre eux. Souriant, tranquille, le provincial contra : Mais tais-toi, gros enculé.
Nous qui étions proches ne vîmes pas grand-chose. Le gros cul s’arrêta et vida un chargeur complet de calibre 45 dans la poitrine de son ami le serveur. Je me rappelle l’anecdote pour deux raisons. D’abord parce que les tribunaux m’appellent pour déposer de temps à autre. Ensuite parce que celui qui appuya sur la détente quand il se senti appelé, sans volonté d’injure particulière, évidemment « gros enculé », tous les jours, sans s’offenser, acceptait le gros cul assassin, le gros cul, le classique « mais tu as plus de cul que de cervelle », ou « arrête de faire chier, joue pas les enculés ». Mais ce soir là les deux mots – gros et enculé – s’assemblèrent avec des conséquences fatales. Pourquoi un gros n’accepte-t-il pas l’accouplement gros/enculé ? C’est un thème passionnant à explorer."


(traduction: Judith Vernan, in Une terrible beauté est née, Presse du réel, 2011)

Osvaldo Lamborghini, Una teoria del montaje, in El Pibe Barulo, Novelas y cuentos, Barcelona, Ed del Serbal, 1988.

R.B Robertson, Of Whales and Men, 1954

Of Whales and Men ... (aka the world according to R.B Robertson - Mid 20th Century Man of Medicine & Mind.)

This is more than a book about 'Modern Whaling' & the colourful characters bringing margarine to the bread of the British public in 1952.

It's a book about a shrink. Stuck on a boat. Stuck between two centuries.

"I have labeled the whaleman psychopaths, but by that I mean nothing derogatory…. The psychopath - the 'man with the suffering mind', to analyze the word etymologically - is a type I have spent my life studying, and my conclusion long ago was that his mind is healthy - too healthy to be acceptable to, or to accept, the civilization into which he was born, and therefore doomed to alienate itself from that civilization in some way. Some like minds, like those of Dostoevsky, Kafka, and Thoreau, have found their escape through letters; others, many thousands of them, have escaped through art, and even some, like Galileo, Newton, Darwin, and Freud, through science; and like many, like Socrates, have got out of the human jail by philosophy's door. But the great majority of such incompatibles can find no talent or technique which gives them a spiritual avenue of escape from civilized humanity while they remain physically in its midst, and this huge army of unskilled psychopaths is forced to make an actual material getaway to some of the few remaining parts of the world where they will not encounter, and so will not clash with, their orthodox, average, and usually intolerant fellow humans. Some of these displaced persons from civilization, like Ernest Shackleton, Robert Peary, Marco Polo, Columbus, and others of the great explorers, have left their fellow men to follow a dream; others, like the Pilgrims, or the Latter-day Saints, have set out to found new communities where, with others like themselves, they hope at last to be compatible; but a vastly greater number have left civilization in covered wagons, on sledges and - most of all - in the fo'c'sles of ships, and especially whaling ships, to seek in the lonely places of the earth that thing they could not find, or were not permitted to find, in the crowded places.
It was thus as refugees from civilization that I diagnosed most of my whaling shipmates, and, though their response to the rhythm of the faraway drummer was ruder, coarser, and often less intelligent than the echo made by the great men I have mentioned, I believe them heard his tapping as distinctly and insistently." pp 180-181

Come on, you're smiling too, aren't you?

R.B.Robertson, Of Whales and Men, Knopf, 1954.

jeunes gens modernes...




This is front page news, Scandal of the Century!!!





After years of retrograde thinking, Discipline in Disorder now has...





A TWITTER ACCOUNT!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


It is Twitter so the length of everything is limited, our account is : DisciplineFeed


find it here: http://twitter.com/#!/DisciplineFeed


You are not dreaming.


It will not be used for gossips and notes on personal hygiene but as its opening 'tweet' (this feels wrong but we will get used to it) states, DisciplineFeed will provide a ' everyday feed of oddities, underdogs and classics, torn pages, lost celluloid and more'.

This will be an instant, and less intimidating, for our tracing bullets. Expect to get something to read, watch, or admire everyday (if not every hour).

Juan Rulfo, Pedro Paramo, 1955


[These lines are in English. Not perfect but if this is your language and wanna write for D in D, about the books you want, the way you want, that's fine by us. contact: disciplineindisorder@gmail.com]


Quelques mots de plus sur Pedro.


Pages must have been written on Pedro Paramo, even shooting stars are well observed these days. Some of these pages probably by those wishing it to be a lost masterpiece (now what a story that would make...), those who would not swallow the worm at the bottom of the bottle. Not to say that I did, but I also tried to stay away from these pages. Just to say: If one needs to get lost, one does not look for a map.

Here I am, tackling a Mexican masterpiece, a blur of sweaty dreams, from much colder and dryer shores, words coming a bit too easily when you do not want to indicate. This is a book to be passed on whole, un novelito de la perdicion, of time and family disintegration, Life and Muerte, outside/inside, small by size, infinite by, justement, its chemical effect. If Fresan's Mantra is full-on lysergic, P.P. is too me, scarier: like a trip that only you think is not working (it is) or the parano (n not m) paradigm shift induced by out of date mescaline. The paper proof that days are hot in the desert but you will shiver at night.

There is not much point trying to sum up those 100 and something pages. No point at all actually. But they triggered a few associations you may judge too personal. Not references, but a broken kaleidoscope, notes on a town that never was, for a movie that will hopefully never be:
Abismos de Pasion, Bunuel's Mexican Wuthering Heights ; les 'non-duppes errent' in Minnelli (Home from The Hill, Undercurrent may be ), Jim Dodge's Not Fade Away, another ghost hunt: Antonioni's Passenger, another ghost hunt; Carnival of Souls, Night Tide, Citizen Kane or even Walsh' s Pursued if you ask me.

Hard to focus with this one, that's what it darn does. I'm afraid the confusion would have been as... hmmmm... yes, vivid in French. This is a poison sans frontiere and some kind of 'once in a lifetime'. Juan Rulfo never finished his second novel, Cordillera (It is generally accepted that he destroyed the manuscript sometimes between the mid-sixties and his death in 1986- did someone at the back of the room asked for another good story?). Evidently a great loss, but I'm not sure I could cope with another so pure yet so intoxicating book.

Ps:I've just heard about the loss of someone I knew. I'll now drink hard, with or without Juan Preciado, to the reality of fantasmas and their Langage International des Morts.


''And your soul? Where do you think it's gone?'
"It's probably wandering about like so many others, looking for living people to pray for it. Maybe it hates me for the way I treat it, but I don't worry about it anymore. And now I don't have to listen to its whining about remorse. Because of it, the little I ate turned bitter in my mouth; it haunted my nights with black thoughts of the damned. When I sat down to die, my soul prayed for me to get up and drag on with my life, as if it still expected some miracle to cleanse me of my sins. I didn't even try. 'This is the end of the road,' I told it. 'I don't have the strength to go on.' And I opened my mouth to let it escape. And it went. I knew when I felt the little thread of blood that bound it to my heart drip into my hands.' ....p.65

Juan Rulfo, Pedro Paramo, Serpent's Tail, 1987 for this edition. With an introduction by Susan Sontag. Translation seems good to me.

Monday, 12 September 2011

On y revient... Avant que Ca brule!


Extrait d'une de mes plus belles recentes trouvailles:

A Touch On The Times-Songs of Social Change 1770-1914, Roy Palmer Ed., Penguin, 1974.

On y reviendra, mais tout ca (300 pages de chansons) vaut encore son pesant de grain et de plomb.

[just click on the image to be able to sing along. Nb: la plupart des chansons sont accompagnees de leur partition-yeeeeeehaaaaa!]

Wednesday, 7 September 2011

Jaÿ-Z - Decoded - Virgin Books 2010





C’est la rentrée. Nouvelle classe, nouveaux professeurs, nouvelles matières. Et cette année, pour les quelques uns qui auront pris hip-hop en option, voici votre nouveau manuel : Decoded, de Shawn Carter aka Jaÿ-Z.

Apprenti discret au début des années 1990, force montante dans la deuxième partie de la décennie, omniprésent depuis le début du millénaire, Jaÿ-Z est aujourd’hui le visage du hip-hop US. Son visage respectable et mainstream, cravaté, souverain, mature, marié (ou presque) et père de famille (bientôt), parfaite incarnation d’un hip-hop (d’)adulte tout en calculs. Il n’est pas un génie ; mais un professionnel, qui au surplus cultive à plaisir cette image d’executive du rap (du music business, de la mode, etc.). Tout ça pour dire que lorsque le personnage a sorti son autobiographie l’année dernière, sous la forme d’un hardcover imprimé sur un splendide papier glacé, plein de graphismes classieux faussement street et vraiment bourgeois, je n’en attendais rien - le livre n’avait même pas le côté ludique de 50 x 50, le (s)crap-book idiot de 50 Cent, avec tous ses trucs à tirer ou à ouvrir.

Et j’avais tort. Ce n’est pas que la vie de Jaÿ-Z soit fascinante lorsqu’elle est racontée par lui-même : c’est l’histoire habituelle, de la rue au sommet, relatée sans affect, sur le ton assuré d’un professeur de management pour qui tout (le deal de crack, la construction d’une carrière de rapper, l’industrie du prêt-à-porter, la vie) est un business model, une occasion de s’enrichir et d’exercer son pouvoir sur les autres. Il y a des gens que ça intéressera (tous ceux qui considèrent Donald Trump comme un héros des temps moderne), mais on est en droit de trouver que le Juicy de Biggie Smalls dit tout cela mieux que cela, et en moins de cinq minutes.

Non, ce pour quoi ce livre doit absolument figurer dans toute bibliothèque hip-hop qui se respecte, ce sont les longs passages que Jaÿ-Z y consacre à son art. A son art, oui, qu’il dissèque pour nous avec une précision et une passion réellement étonnantes. Chaque chapitre est accompagné de la reproduction de trois ou quatre de ses textes que Jaÿ-Z jugent importants et dont il détaille les références et les trucs de construction. Et c’est absolument passionnant. On sent son plaisir à jouer avec les mots, à faire rouler leur polysémie tout le long d’un morceau, ou au contraire à varier soudainement son lexique pour créer une rupture, à cadencer ses phrases en multipliant les rimes internes, à construire une fable urbaine en 16 mesures. On saisit le fil de ses métaphores, les nuances de son jargon, mais aussi les enjeux de ses interactions avec ses pairs, entre rivalités, concurrence et admiration, chaque collaboration étant introduite par un petit récit de sa genèse et de son sens.

Cela n’en fait pas pour autant un livre agréable à lire : des lyrics de rap, quel qu’en soit l’auteur, ne sont pas fait pour être lus. Il faut les entendre, évidemment, enveloppés dans le flow et le grain de la voix du rapper, navigant au rythme de ses accélérations et de ses pauses, et posés sur un instrumental. Decoded n’est pas un livre pour aimer, mais un livre pour comprendre ; et son aridité - des pages remplies de lyrics hachés de notes d’explication - est en elle-même remarquable : enfin, un rapper prend le temps de nous décoder les règles de son art. Et de le faire bien, avec méthode, ampleur, générosité. RZA l’avait déjà fait il y a quelques années, plus explicitement encore, avec The Wu-Tang Manual (Riverhead/Berkeley Books, 2005), autre référence de la bibliographie scolaire du hip-hop. On rêve que Kool Keith ou Lil Wayne en fassent un jour de même.

Rodrigo Fresan, Mantra, 2001

Bolano, qui jusqu’au bout tenait Fresan pour son (dernier) ami, considérait les pages sur Black Hole "le catcheur existentialiste" comme les meilleures de Mantra. Mantra? Une « promenade dans l’abîme » qui était prévue, à l’origine, pour être une description de Mexico DF destinée à une collection de guide littéraire. A la place, cinq cent pages hallucinées, péyoltées, découpées en trois parties : une évocation de Martin Mantra enfant, jouant à la roulette russe à son premier jour d'école ; puis un abécédaire de 300 pages où la ville est révélée à coups d’idées et de personnages indignes et sauvages; et enfin un remake Kraftwerk de Pedro Paramo, le chef d’œuvre sablonneux de Juan Rulfo. L’ensemble a quelque chose d’assourdissant, en plus d’être une tentative vertigineuse de parler le Langage International des Morts (où comment placer l’esperanto là où il n’y a plus d’espoir).


«Blue Demon et El Santo n’apprécient guère ma popularité croissante. Ils me proposent des films, des bd, des femmes, me demandent de les accompagner à la Casa Mascarada, un tripot mal famé fréquenté par des catcheurs qui, après les combats, se bagarrent avec des femmes vénéneuses. Je refuse. Je ne me justifie pas. Comment leur expliquer que je suis un existentialiste ? C’est ainsi que je deviens sans le vouloir une autre option éthique et esthétique dans le monde de la lutte. J’arrive sur les lieux du combat, je fais mon travail, je gagne puis je disparais. Les Journalistes et les vedettes me poursuivent comme des limiers en chaleur. Je ne leur accorde aucune attention. Je ne me prête pas davantage aux clowneries auxquelles se livrent des catcheurs comme Eau de Toilette, qui monte sur le ring drapé dans un vaporeux peignoir en soie et asperge de parfum les yeux de ses rivaux. Je choisis mes combats et mes ennemis parce qu’on est aussi dangereux et terrible que les adversaires contre lesquels on décide de lutter. J’entre dans le DF et j’en sors, je fais des allers et retours à Rancheras Nostalgicas. Je m’y marie et j’ai un fils. Ni elle ni lui ne savent qui je suis. Ils ignorent mes activités dans la grande ville. Ils croient que je suis une sorte d’employé administratif des chemins de fer et que je sillonne tout le pays pour les besoins de mon travail. Une sorte de voyageur de commerce ou de superviseur, peu importe. Ils ne posent pas beaucoup de questions. Les années passent, et avec elles les nuits et les combats. Quand je rentre à la maison, le corps marqué et en boitant un peu, je dis par exemple à ma femme et à mon fils que je me suis fait attaquer en contemplant à Querétaro un coucher de soleil de la couleur d’une rose du Bengale. Un jour, distrait, j’oublie de ranger ma valise. Mon fils l’ouvre, découvre mon masque et mon maillot. Il sort en criant, fou de joie, agitant les bras dans tous les sens et bondissant, mais il n’a pas le temps de révéler mon secret car un camion qui transporte des limonades Chaparrita lui roule dessus et l’envoie au ciel, le visage éclairé par un sourire pétrifié et innocent que même la douleur n’a pu effacer. Je récupère son corps sur la chaussée. Je le lave, je le peigne. J’emporte son petit corps brisé chez le photographe de Rancheras Nostalgicas pour qu’il fasse le portrait de cet angelot défunt. Au cimetière, je paye des pleureuses et j’embrasse ma femme, qui ne cesse de pleurer gratuitement. Je vais dans ma chambre, met mon masque et endosse mon maillot. Je sors par la fenêtre pour ne plus jamais revenir. Je me sens plus existentialiste que jamais. Je loue une chambre dans une pension proche du Zocalo. C’est là que me parvient une lettre des avocats du français, m’apprenant qu’il m’a laissé un peu d’argent et une maison en France, dans un village appelé Chansons Tristes. L’argent est destiné à financer mon prochain film, «un film de lutteurs masqués, mais du genre existentialiste avec une esthétique Nouvelle Vague», précise le français dans ses dernières volontés. Va savoir ce que cela signifie. Je vais voir des films de Godard à la Cinémathèque. Je n’y comprends pas grand chose.»
(p. 183-184)

Rodrigo Fresan, Mantra, Traduit par Isabelle Gugnon, Passage du Nord-Ouest, Albi, 2010

Thursday, 1 September 2011

full circle pt 2: Sean O'Brien, November























Le premier post de ce blog fut consacre a Sean O'Brien, poete britannique malheureusement non traduit en France. On y revient, comme a un vieil ami (il m'avait gentimment envoye un de ces poemes ecrit a la main, cadeau pour ma moitie-combien ferait ca en s'excusant de leur 'really bad hand-writting'?).
Son nouveau recueil, November, est sorti il y a quelques mois chez Picador Poetry. Meme si la Poesie est une ile que certains pensent lointaine, On s'en sent toujours aussi proche, ou il semble si proche de nous, au choix...
En clin d'oeil a quelques participants, occasionnels ou non, a cet espace, la premiere page de Cahiers de Cinema. Tout au long de ce recueil, une certaine France semble avoir ete importante pour O'Brien. On espere qu'elle lui rendra un jour la pareille.


Sean O'Brien, November, Picador, 2011.




quote (almost a motto)

In English (trying to broaden our horizon) but if you want to read the original text, where Michel Foucault was interviewed anonymously: 'Le Philosophe Masque' in Le Monde, intw by Christian Delacampagne, April 6, 1980. This translation: John Johnston.


'I can't help thinking of the critic who would not try to judge, but bring into existence a work, a book, a phrase, an idea. He would light the fires, watch the grass grow, listen to the wind, snatch the passing dregs in order to scatter them. He would multiply, not the number of judgements, but the sign of existence; he would call out to them, he would draw them from their sleep. would he sometimes invent them? So much the better. The sentencious critic puts me to sleep, I would prefer a critic of imaginative scintillations. he would not be sovereign, nor dressed in red. He would bear the lightning flashes of possible storms'.

From one of the easiest port of entry to M.F.'s thought, Foucault Live 1961-1984-Collected Interviews ,Sylvere Lotringer Ed, Semiotexte, 1989.

Wednesday, 31 August 2011

quote

'The present text deals with Art. But, it does acknowledge that Ethics and Aesthetics are related. The question of Style does concern life in general as well as Literature.'

in Henri Lefebvre, 'Vers un Romantisme Revolutionnaire', Nouvelle Revue Francaise 5/58, October 1957. Translated from French.


Tuesday, 30 August 2011

Preview: Philippe Garnier



ça sort en octobre chez Grasset, ce qui nous (vous) laisse un mois pour lire l'autobiographie de Fuller chez Allia ou, pourquoi pas, la trad de la bio de Tom Waits par Barney Hoskyns chez Payot & Rivages. "Le premier qui trouve d'où vient l'oeil gagne la sucette", said P.G....
Garnier vient, par ailleurs, de finir d'écrire cet été un livre entier sur la Nuit du chasseur...

Thursday, 25 August 2011

Clément Cheroux, Joan Fontcuberta, Erik Kessels, Martin Parr, Joachim Schmid : FROM HERE ON... MANIFESTO, 2011

"Now, we’re a species of editors. We all recycle, clip and cut, remix and upload. We can make images do anything. All we need is an eye, a brain, a camera, a phone, a laptop, a scanner, a point of view. And we we’re not editing, we’re making. We’re making more than ever, because our resources are limitless and the possibilities endless ; We have an internet full of inspiration : the profund, the beautiful, the disturbing, the ridiculus, the trivial, the vernacular and the intimate. We have next-to-nothing cameras that record the lightlest light, the darkest dark. This technological potential has creative consequences. It changes our sense of what it means to take. It results in work thaht feels like play, work that turns old into new, elevates the banal. Work that has a past but feels absolutely present. We wante to give this work a new status. Things will be different FROM HERE ON… »
Arles, July 2011.

«Maintenant, nous sommes une espèce d’éditeurs, tous, nous recyclons, nous faisons des copier-coller, nous téléchargeons et remixons. Nous pouvons tout faire faire aux images. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un œil, un cerveau, un appareil photo, un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vue. Et, lorsque nous n’éditions pas, nous créons. Nous créons plus que jamais, parce que nos ressources sont illimitées et les possibilités infinies. L’internet est plein d’inspirations, du profond, du beau, du dérangeant, du ridicule, du trivial, du vernaculaire et de l’intime. Nos petits appareils de rien du tout capturent la lumière la plus vive comme la lumière la plus opaque. Ce potentiel technologique a des répercussions esthétiques. Il change l’idée que nous avons de la création. Il en résulte des travaux qui ressemblent à des jeux, qui transforment l’ancien et le nouveau, réévaluent le banal. Des travaux qui ont une histoire, mais s’inscrivent pleinement dans le présent. Nous voulons donner à ces travaux un niveau statut. Car les choses seront différentes, A PARTIR DE MAINTENANT… »
Arles, Juillet 2011

pix1: Doug Rickard
pix 2: Jon Rafman

more about here and there

Thursday, 4 August 2011

Michael Herr, Walter Winchell, 1990

Pour nous... Celui-ci est tellement « pour nous » qu’on est tous passé à coté! Walter Winchell est le dernier roman en date de l’écrivain le plus rare de tous les Etats-Unis: Michael Herr. Comme ce livre date de 1990 (je mets à part son Kubrick paru en 2000, qui était une version extended de son article pour Vanity Fair), et que depuis un bail, Herr vit retiré à Delhi (pas Delhi en Inde, Delhi dans l’état de NY), clamant haut et fort qu’il n’a plus rien à foutre de la littérature, il semblerait que l’homme soit perdu pour la cause. Correspondant de guerre pour Esquire, Herr en a tiré en 1977 Putain de Mort (Dispatches en VO), le grand récit terminal sur le Vietnam en même temps qu’une tentative défigurée à vouloir définir un héroïsme cassé. Putain de Mort est ce bouquin que l’on se refile entre nous à DinD, comme un talisman. Souvenez-vous de la première phrase, à partir de quoi cette sangsue malade ne vous lachaît plus : «Pour les sorties de nuit, les médecins vous donnaient des pillules, la Dexedrine, et son haleine de serpents morts gardés trop longtemps dans un pot. Moi je n’en ai jamais eu besoin, un léger contact ou n’importe quel bruit du même genre m’excitait à haute dose.» Pas pour rien que ces Viet articles pour Esquire l’ont amené à travailler sur les scripts d’Apocalypse Now et de Full Metal Jacket (dont il était aussi l’un des producteurs).

Walter Winchell n’est pas à proprement parler un roman. Ce devait être à la base un scénario pour la MGM. Comme le dit Herr dans sa préface, il est «un peu plus qu’un scénario et un peu moins qu’un roman". Et tout y est au présent de l’indicatif. « C’est peut-être juste un roman avec une caméra dedans. ». Mais le film ne s’est pas fait - hélas. Peut-être parce que le personnage de Walter Winchell (réel... Herr restant en cela fidèle à sa position de non-fiction writer) n’excitait plus grand monde la fin des années 80. Son nom ne résonnait plus avec quoi que ce soit. A vrai dire, il est même coriace de croire que Winchell fut l’un des hommes les plus célèbres des années 40. On dit qu’il y avait approximativement 140 millions (oui cent quarante millions) d’Américains qui se réveillaient le matin en lisant sa chronique dans les gazettes et mangaient le soir en écoutant Winchell vitupérer des horreurs à la radio. Wintchell était un beau salaud. Son physique pouvait rappeler celui de James Cagney dans The Roaring Twenties (Les Fantastiques années 20) de Walsh : même air de teigne, même intensité dans l’hystérie, les yeux toujours à deux secondes et demie de l’implosion. Walter Wintchell était un méchant. Il avait commencé en écumant les cabarets minables sur la fin des années dix à vouloir refiler à qui n’avait pas un sou un numéro de claquettes foireux. Par ici la sortie. En 1925, WW qui n’a jamais écrit une ligne de sa vie ni lu le moindre livre, redresse l’économie de plusieurs journaux en vendant des ragots. Il est ce qu’on appelle un échotier. Les rédactions le méprisent mais il les tient par les couilles : sans lui, le papier ne se vend pas, en tout cas pas autant. Personne n’ose se dresser contre lui. Depuis le Storck Club, le cabaret le plus huppé de NY, situé 53ème rue est, il défie le monde, le grand monde, celui des producteurs, hommes d’affaires, actrices et demie mondaines. Il en est le prince, le dictateur et le petit rapporteur. Certains disent qu’on lui doit l’engagement de l’Amérique dans la seconde guerre mondiale. Lui, tout du moins, le croyait. La fin de la guerre marquera sa chute. La télévision aussi : il passait mal. Il s’accrochera, présentant The Walter Winchell File, sorte de Faites entrer l’accusé teinté d’Incorruptibles. Épitaphe : «Il s’est montré aussi gentil qu’il le fallait en grimpant l’échelle et tout à fait odieux en redescendant.» Tout est dit.

On lit Herr et on entend le type. On lit Herr et on voit le film. Il ressemble à une version réussie de Cotton Club, où la cruauté règnerait en maître, plus du coté de Scorcese que de Coppola, donc. On peut lire encore WW comme un récit de guerre, mais où la parole serait une arme et le Stork Club une tranchée depuis laquelle des centaines d’ennemis en smoking et robe longue tireraient des salves de tous cotés. Les producteurs n’ont jamais aimé que les héros soient principalement connus pour être de sales types. Les producteurs ont tort.

«La vie de club n’était pas plus excitante. Souviens-toi, Sherm… La moitié des gens finissaient dans les cabinets. Il y avait des macs, des maîtres chanteurs, Dieu sait quoi… Damon disait que leur pères leur avaient laissé un coffre au lieu d’un cerveau. Ils claquaient tout…
-Je sais. Mais quand ils ont commencé à venir…
-Oh, ils ont été perdus dès l’instant où ils ont eu leur photo dans le journal.
-Mais c’était formidable de les voir ici. Ils vidaient mes réserves d’alcool. C’étaient des emmerdeurs. Mais bon dieu, comme ils étaient beaux! »

(p.176)



Michael Herr, Walter Winchell, traduit par Elisabeth Peellaert, La découverte, Paris, 2003.

Wednesday, 3 August 2011

Collectif: Marie-France, Hélène, Gaétane, Maud et les autres, 1974-1979

Paris en août a ce truc magique: On se balade avec rien à faire, on prend une rue indirecte par seul souci de perdre du temps, et voilà qu’on tombe sur une galerie faisant une expo de photos des décadentes Gazolines : Marie-France, Hélène, Gaétane, Maud et les autres… Des photos rarissimes des travestis les plus glam et les plus féroces du monde, prises en 1976 par Catherine Faux sur le tournage du génial et empoisonné TamTam d’Alfo Arrieta (et ces photos ont été faites principalement dans l’appartement de Maud Molyneux, rue Vavin, c'est-à-dire dans l’immeuble dessiné par Henri Sauvage où Bertolucci aussi avait tourné certaines scènes du Dernier Tango…) ou, la même année, sur le tournage de Mélodrame du méconnu Jean-Louis Jorge. Il y a aussi deux trois autres clichés période Punk (voire Sweet Punk), plus connus des spécialistes mais parfaits, pris par Philippe Morillon ou tirés du I’m a cliché de Belle Journée en perspective - encore un livre devenu introuvable par les temps qui courent.
Paris l’été est magique, car nous sommes en août et cette expo fermait le 30 juillet. Qu’à cela ne tienne, comme par enchantement la porte est ouverte, les photos sont encore au mur et les gens de la galerie charmants. Et bien sur, il reste sur la table quelques exemplaires de la magnifique plaquette éditée à l'occasion de l’expo. Elle reprend les 13 photographies (tirages parfaits) agrémentées de textes écrits par des témoins du Montparnasse travesti du second mitan des années 70. Ça vaut que le prix d’un maxi quarante-cinq tours (dix euros), ça en a d'ailleurs l’électricité, mais avec un petit quelque chose d’éternité en plus.

«A St Germain des Près, quand je descendais de mon septième étage, j’étais immédiatement immergée dans le quartier Buci, je tombais sur des amis à chaque coins de rue. Certains jouaient dans les films d’Adolfo, de Jean-Louis Jorge ou de Geneviève Hervé. Je croisais Gaétane (Jacquie dans le générique de TamTam) promenant son chien rue Dauphine avant d’aller faire son numéro au cabaret Caroussel, Maud Molyneux et Michel Cressole attablés à la terrasse du « Dauphin », Michel Ange Yrazazsbal et Raoul Escari qui étaient logés plus loin, rue Jacob chez Marguerite Duras. Orla tenait une boutique de vêtements rue Dauphine, où la rejoignait Marie-France qui faisait un show à l’Alcazar rue Mazarine. J’allais de temps en temps chez Adolfo qui tenait salon dans sa chambre d’hôtel rue de l’Ancienne Comédie, où s’empilaient les boites de films servant de sièges aux espagnols qui avaient fui le régime de Franco, tout cela dans une odeur de vieux tabac.« (extrait de la préface de Catherine Faux)













Marie-France, Hélène, Gaétane, Maud et les autres… photographies de Catherine Faux, Philippe Morillon et Belle Journée en Perspective, Galerie Hautefeuille, 3 rue Hautefeuille, 75006 Paris, www.galeriehautefeuille.com

Monday, 1 August 2011

Quote


"Nous vivons dans le concret, nous aspirons à l'absolu et nous finissons dans le néant..."
Imre Kertész, Journal de Galère, Actes Sud, 2010


Pix - Maya Goded