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Disorder in Discipline-



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Wednesday, 10 July 2013

Quote : Wendy Guerra, Tout le monde s'en va, Stock, 2008.


"J'ignore quand j'ai songé à quitter l'enfance.
J'ai payé très cher le fait de grandir seule alors que tous quittaient l'île. Ils m'ont abandonnée progressivement ; aujourd'hui, je ne peux pas me comporter comme une femme ordinaire, je suis hors du monde. Les outils que l'on m'a donnés ne me servent à rien, je vis réfugiée dans mon Journal, et je ne peux être moi-même qu'entre ses pages. Là, j'ai toujours été adulte ; je feignais d'être une enfant mais ce n'était pas vrai : trop adulte pour le Journal, trop enfant pour la vie réelle.
Dès que j'ai su lire et écrire, je me suis confessée entre ses pages. J'espérais grandir, je prenais ma respiration et j'écrivais en cachette pour m'assurer l'exorcisme dans une issue que je n'ai pas encore trouvée. Aujourd'hui, je suis incapable de comprendre ce qu'on attend de moi. J'ai lâché des morceaux dans divers lieux jusqu'à celui où l'on m'a traînée et maintenant je ne sais comment reconstituer mon monde éparpillé tel du sable sur mon propre territoire.(...)

Je suis une enfant, je suis une femme, et aussi un démon qui récite des vers incompréhensibles et qui peint très mal.
Ma chambre est un refuge pour les jouets et les toiles.
Une vie adulte étouffée en fragments de jeux enfantins.
Qui suis-je?
Un peu de tout, un peu de rien, un casse-tête de vécu.
Je suis Nieve à la Havane."

Wendy Guerra, Tout le monde s'en va (Todos se van), Editions Stock, 2008, pp. 9 et 192.

(Interview de Wendy Guerra à suivre sur DiD...)


Pix : Sergio Larrain.

Wednesday, 16 May 2012

Quote : Witold Gombrowicz


Pix : Witold Gombrowicz et Rita Labrosse, 1966.

"Me voici, moi, seul en Argentine, coupé de tout, perdu, anéanti, anonyme. J'étais excité un peu, un peu effrayé. En même temps, quelque chose en moi me faisait saluer avec une émotion passionnée le coup qui m'anéantissait et m'arrachait aux assises d'un ordre acquis.
La guerre ? La débâcle polonaise ? Pouvais-je vivre tout cela, pouvais-je me faire du souci d'une manière "normale", moi qui avais tout su d'avance, et l'avais déjà éprouvé bien avant ? Oui, je ne mens pas en disant que je communiais dans mon coeur avec la catastrophe. Lorsqu'elle arriva, je me dis quelque chose qui était à peu près :-Ah, bon ! C'est arrivé ! Et je compris que le temps était venu de mettre à profit la faculté de dire adieu, de rompre, de rejeter tout, ce que j'avais cultivée en moi." (1955)

Witold Gombrowicz, Journal, tome 1 (1953-1958), folio, Gallimard, 1995.