WE ARE MODERN -WE TWEET!





-But if you'd rather watch a movie, you're also welcome at
Disorder in Discipline-



Wednesday, 13 February 2013

J-B Harang, Bordeaux Vintimille, 2012

J'avais 12 ans en 1983, vivant au sein d'une famille de gauche atypique, famille faisant souvent l'envie, dans le bon sens, de mes amis aux parents plus pauvres ou plus conservateurs. Je savais déjà  que tout le monde n'était pas comme nous (le père de mon meilleur ami était un lieutenant colonel de cavalerie à l'usage extra-professionnel de la cravache un peu lourd). Le 14 novembre 1983, 3 jours après mon anniversaire, j'ai vraiment compris pour la première fois que je vivais dans une belle famille mais dans un sale pays.
Pour les plus jeunes, dans la nuit du 13 au 14, trois légionnaires en route vers leur centre d'incorporation croisent la route de Rachid Abdou à bord du Bordeaux Vintimille. Coup de boule, coup de couteau et hop, on balance le bicot hors du train.
Chez moi, surtout chez mon père, c'était aussi Libé donc le nom d'Harang m'était familier avant la lecture de ce livre (j'étais aussi peut-être amoureux de Patricia Tourancheau, que je n'ai jamais vue, simplement elle écrivait sur les faits divers).
c'est un truc court, anti-démonstratif puisque de toute façon  on n'a jamais su pourquoi. Pourquoi défoncer la gueule de Rachid? Pourquoi le balancer hors du train? Pourquoi la presque centaine de passagers qui ont du voir quelque chose ont fermé leurs gueules (seul 3 dont deux 'resquilleurs' ont témoigné)? Harang n'a pas la réponse et moi, je me suis retrouvé a chialer dans l'Underground (le métro), je ne suis pas sur non plus de savoir pourquoi.
J'ai cherché une photo de Rachid Abdou sur le net, voila le résultat. Rien ou rien. Harang dit aussi avoir eu du mal. Lui a une belle gueule de vrai journaliste, écrit comme ça (« dans les trains, tout est organisé pour que rien n'arrive.Sauf les trains »). Rachid Abdou gardera donc tristement la gueule de l'acteur Karim Allaoui dans Train d'Enfer, nanar bien-pensant du beauf de la momie, Roger Hanin (Harang le dit très bien: 'Au fond, pas grand chose a voir avec notre affaire).
J'ai donc chialé sur mon pays de merde a la mémoire décidemment courte, juste consolé par la simple existence de gens comme Harang (oserais-je 'de vrais français eux'?). Je dois devenir chochotte parce qu’il n'y a rien de nouveau sous le soleil d'Aubagne.



'Vingt-cinq minutes plus tard, le train repart vers Vintimille.Les autres jours, les jours ou des candidats légionnaires ne balancent personne par la portière, il y a treize minutes d'arrêt. La mort de Rachid Abdou n'a coûté que douze minutes de retard aux voyageurs de l'express 343.' p 5

Friday, 1 February 2013

Steve Roden, I Listen To The Wind That Obliterates My Traces, 2012

Je ne sais même pas encore à mon age si j'aime ca les livres de photos. Je l'avoue, je crois même avoir du mal à établir une connection avec l'objet même, la photo sur un mur. Donc en parler, pas trop. D'autres ici s'en chargent très bien, et j'adore une belle critique sur un truc qui ne m'intéresse pas (non, j'en vois certains venir, je ne préfère pas une belle critique sur... mais...).
Je ferai donc court. Et puis, c'est une chance, ce n'est pas d'un artiste contemporain dont il est question ici. Ce n'est même pas d'un artiste tout court. Juste d'un collectionneur, un obsédé comme un autre. Steve Roden.
Son sujet: 'Music in Vernacular Photographs, 1880-1955' comme le dit le sous-titre. ou plus poétiquement: ...I Listen To The Wind That Obliterates My Traces. Traduit rough: ' vieilles photos et cartes postales d'amerloques avec leurs instruments'. Alors oui, une collection de photos n'évite pas les clichés (badabam-le roulement de tambour exprimant en anglais un mauvais jeu de mot-généralement plutôt mimé). Mais on y croise aussi des trucs incroyables: gramophones énormes comme des bites géantes, violons à sêcher, hommes-orchestres colt au poing, machines abracadabrantes, blues dans les yeux, Agee au detour du regard, conservatisme plus touchant que chic.


Dust to Digital, bel éditeur américain, sort aussi des cds, deux accompagnent le livre, bout de la collection de 78 tours de Roden. On signalera aussi l'assez incroyable Pictures of Sound de Patrick Fraser chez les mêmes, une espèce de music nerd wank mag, sur les représentations graphiques de la musique depuis 980 (si si...).




Steve Roden, I Listen To The Wind That Obliterates My Traces, Dust to Digital, 2012



Tuesday, 22 January 2013

quote

'Well, that's my story and I'm sticking to that. So let's have another drink and let's talk about the blues. Blues is about dignity, it's about self-respect, and no matter what they take away from you - that's your's for keeps. I remember how it was, how every medium (TV and papers and radio) and all those people were saying "You're on the scrap heap, you're useless." And I remember how easy it was to start believing that. I remember how you'd hear people take it for granted that it was true. Just 'cause someone with an ounce of power said so. And that's a problem now. Too many oddballs, too many pocketbook psychologists and would-be philosophers with an axe to grind. But there's a solution. It's not easy, but it's a matter of coming to terms in your heart with the situation you're in. A matter of choosing how things go for you and not having things forced upon you. There are plenty of forces against you, forcing you against your will, your ideals. You've got to hope for the best and that's the best you can hope for. You've got to hope against hope. I remember something Sal Paradise said, he said "The city intellectuals of the world are debauched from the full body blood-of-the-land and are just rootless fools. So listen. When the smile, when the condescending pat-on-the-back comes and says "We're sorry but you're nothing. You've got nothing for us and we've got nothing for you" You say "No" and say it loud "NO!" And remember, people who talk about revolution and a class-struggle without referring explicitly to everyday life, without understanding what is subversive about love. And what is positive in the refusal and constraint. Since people have a corpse in their mouth.'

The Mighty Wah!-Talkin About the Blues PT2-1981. Pour la premiere fois, je cite une chanson. Vous trouverez l'original facilement mais aussi un de nos edits ici.






Sunday, 6 January 2013

Joan Didion, le Bleu de la nuit (Blue Nights), 2011


















Le titre pourrait être celui d’un Garrel période héraldique. Et comme chez lui, il n’est ici question que de douleur et d’expérience mais rendues en matière et en atmosphère. Quatre ans après avoir adressé un livre à la mémoire de l’homme qu’elle a aimé toute sa vie (L’Année de la pensée magique), Joan Didion écrit sur la disparition de sa fille. Pas une ligne de complaisance, pas une plainte. C’est dans le sec des images invoquées par son écriture que vient se loger l’émotion. On se demande encore comment une telle force littéraire est possible.

En voici la première page :

«Sous certaines latitudes, pendant un certain laps de temps à l’approche et au lendemain du solstice d’été, quelques semaines en tout, les crépuscules rallongent et bleuissent. Cette période de nuits bleues n’existe pas en Californie subtropicale, où j’ai passé la plus grande partie de l’époque dont je vais parler ici et où les jours finissent vite, engloutis par le rougeoiement du soleil couchant, mais elle existe à New York, où je vis aujourd’hui. On en remarque les prémices quand le mois d’avril touche à sa fin et que commence le mois de mai, un changement de saison, pas vraiment un redoux – pas du tout un redoux, en vérité – mais soudain l’été paraît proche, une possibilité, voire une promesse. On passe devant une vitrine, on marche vers central Park, on se retrouve baigné d’une lumière bleue ; c’est la matière même de la lumière qui paraît bleue, et pendant une heure environ ce bleu s’épaissit, s’intensifie alors même qu’il s’assombrit puis s’estompe, se rapprochant pour finir du bleu des vitraux de Chartres par beau temps, ou du bleu des rayonnements Cerenkov émis par les barres de combustible dans les bassins des réacteurs nucléaires. C’est le moment de la journée que les français appelaient autrefois « l’heure bleue ». Pour les anglais, c’était « the gloaming ». le mot lui-même, gloaming, résonne et se réverbère en une myriade d’échos – gloaming, glimmer, glitter, glisten, glamour -, autant de déclinaisons de la lumière dont les consonances glissantes font surgir des images de maison aux voltes clos, de jardins enténébrés, de rivières frangées de verdure dont les méandres se faufilent parmi les ombres. Quand vient la saison des nuits bleues, on a l’impression que les journées n’en finissent jamais. Et à mesure que la saison des nuits bleues se rapproche de son terme (inexorable, inéluctable), on est saisi d’un frisson, d’une appréhension physique, maladive, lorsqu’on s’en avise pour la première fois : la lumière bleue s’en va, déjà les jours raccourcissent, l’été n’est plus là. Ce livre s’appelle « Le bleu de la nuit » parce qu’à l’époque où j’ai commencé à l’écrire, j’avais l’esprit tourné vers la maladie, vers la fin des promesses, le déclin des jours, l’inévitable assombrissement, l’agonie de la clarté. Le bleu de la nuit, c’est le contraire de l’agonie de la clarté, mais c’est aussi son avertissement. »

Joan Didion, le Bleu de la nuit (Blue nights), traduit par Pierre Demarty, Grasset, 2013

Joan Didion dans DinD
The White Album

L'Amérique

Play it as it lays (par Philippe Garnier)

Maria avec ou sans rien

L'année de la pensée magique

Vous pouvez entendre et voir Joan Didion lire ce passage dans cette vidéo un tantinet illustrative, bien que dirigée par Griffin Dunne, son neveu, qui fut accessoirement l'acteur principal du meilleur Scorcese: After Hours:



Monday, 31 December 2012

Bertrand Fleuret, Landmasses and Railways, 2009 + Antony Cairns, LDN, 2011


Nous ne l’avons pas fait exprès, nous ne serions même pas fichus de le faire exprès. Nous ne nous sommes pas concerté, ni n’avons tiré de plans sur la comète (tout ce fonctionnement de blog normal qui nous est absolument étranger), mais voilà : nous avons posté 66 articles en 2010, 66 articles en 2011 et celui-ci sera le 66ème de l’année 2012. Les asiles sont remplis de mecs branchés numérologie.
Pour ce 66ème post (in extremis), il aurait été plus facile d'envoyer un quote ou une belle image de pin up en guise de carte de vœu. Ou bien finir ce maudit post sur le Tarnac de David Dufresnes (bouquin essentiel de cette année, pour nous) qu’Ivan et moi projetons d'écrire un jour, mais si possible pas dans dix ans quand vous n’en aurez plus rien à foutre. Il m’aurait été tout aussi simple de ressortir des archives un texte que j’ai écrit au mois juillet et qui – allez savoir pourquoi - ne parle que de froid et de neige. Mais voilà, nous sommes le 31 décembre, et il fait onze degrés.
Alors regardons les choses en face, les seuls livres que nous voulons ouvrir aujourd’hui, à l'heure du bilan terminal, sont des livres qui inventent un autre monde, des livres de fuite totale.
Landmasses & Railways, par exemple. Dire qu’il a été photographié à Berlin durant des mois n’est même pas une information. Ce pourrait être un laboratoire ou une station orbitale, ou une cité expérimentale sur Mars (le garçon ne cite pas pour rien Sun Ra comme source d’inspiration principale, à coté de Solaris, Sans Soleil et Soudain l'été dernier). On y retrouverait tous les détails de notre monde (des scarabées aux montres en passant par les tapis persans) mais dans un désordre total, si bien que l’univers contenu ici est rendue sous la forme d’une énigme épaisse qu’il est difficile de décoder. Quand la reconnaissance ne joue plus, c’est tout le langage qui est dissout, et avec lui la vue : Qu’est-ce que voir quand on ne reconnaît pas ?
Il y a un chapitre que j’aime bien dans ce livre. Il se nomme An Empty Building. L’immeuble en question est une sorte de tour de bureau ultra moderne (ou du moins l’idée que pouvaient s’en faire les architectes au début des années 70), avec son hall vide, ses salles de réunion king size désertées. Dans un couloir, à force de déambuler, Fleuret tombe nez à nez avec un chat, noir et menaçant. Le dernier habitant, c'est lui.
Etrangement, la sortie de Landmasses and Railways en 2009 n'a pas fait de vagues, le livre était presque mort né - son éditeur américain était, semble-t-il, sur le point de fermer. C'est sa beauté étrange qui l'a sauvé de l'oubli. Il est aujourd'hui devenu chez les amateurs pointus de photobooks un objet de culte (hautement soutenu par la librairie Schaden à Cologne), dont on attend impatiemment la suite. En 2013?
Science fiction quotidienne encore, avec un autre livre de photo assez rare, LDN, publié à 100 copies il y a moins de deux ans par les anglais de Archive of Modern Conflict, d’habitude spécialisés dans la used photography, mais qui là ont magistralement édité 18 planches d’un photographe contemporain, Antony Cairns, qui sont comme des radioanesthésies d’une ville, Londres, vidée et cramée par la radioactivité. On pense à Lynch, à Ballard, à Kraftwerk, à Burial, ou à Sandwell District. Ce ne sont plus que des buildings, des couloirs de métro, des surfaces de béton ou des portions d’autoroute sans humanité, sans lumière, sans air respirable.
J’ai mis un moment à comprendre pourquoi AMC avait sorti ce livre qui ne correspond à rien de leur catalogue -on dirait plutôt, quand on le tient, le dossier médical d’une société malade - mais une fois mis à coté du Landmasses & Railways de Bertrand Fleuret, le sens même de publier LDN chez AMC saute aux yeux : Fabriquer aujourd'hui de fausses archives de demain et collecter des images anonymes venues d'un passé proche, cela revient au même. C'est la même impression d'un monde qui a été rayé de la carte. Hier ou dans le futur, qu'importe. Tout ça n’étant jamais qu'un peu de temps solarisé.
La post apocalypse commence là maintenant, ici et avec eux.
Happy new year to you.
Bertrand Fleuret, Landmasses and Railways, J&L Books, Atlanta, 2009
(le livre est aussi téléchargeable gratuitement en pdf sur www.bertrandfleuret.com, même si l’effet est plus fort avec le jeu d’imprimerie)

Ps: A peine ce post en ligne, on apprend qu'Archive Of Modern Conflict sort cette semaine une suite à LDN, qui se nomme LPT, encore une fois éditée à 100 copies "handmade", dont le désign -tout en métal - à l'air plus dingue encore.
L'intégralité des photos des deux livres est visible sur le site de l'artiste:
http://www.antony-cairns.co.uk/

Antony Cairns, LDN, Archives of Modern Conflict, Londres, 2011
www.amcbooks.com




Sunday, 30 December 2012

Serge Clerc, L'Intégrale Phil Perfect, 1981-87


Le trait d’union entre Humphrey Bogart et les Cramps, l’innocence belge de l’école de Marcinelle et la distance post-moderne française. le style Clerc (la ligne Clerc/Claire) a la précision d'une coupé Deluxe roulant à toute berzingue entre le Harry’s Bar et le Mocambo, zigzaguant du bar du Plaza jusqu'au Rose Bonbon.
Objectif 2013 possible : Vivre encore et encore parmi ces Philip Marlowe de crayon - portant costume croisé, moucheté rouge avec boutons de nacre – couverts de pin ups néo Morgan chaussées d’escarpins Balmain 58. Même si je n'ai jamais beaucoup aimé Sinatra (sinon dans Some Came Running, où il est juste dément)

De coutume, on ne referme pas une bd en se disant je voudrais vivre comme ça, m'habiller comme ça, boire ceci et écouter cela, être capable à trois heures du matin de dire des choses comme ça, dans cette langue là. Ou alors, on a huit ans et on voudrait avoir des poings pour pouvoir être Bob Morane, ou Tintin. Phil Perfect, c'est le rêve d'une trajectoire de vie (jusque dans la chute, sinon c'est pas drôle) portée à la perfection du trait. Avec l'âge, on a moins besoin de poing que d'un bon barman.
25 ans nous séparent des grandes bitures cocktail de Phil Perfect et Sam Bronx, des amours contrariées de Phil et Vanina Vanille, et le doute n’est donc plus permis : Serge Clerc est vraiment devenu éternel à force d’être anachronique. Ce qui ne me dit toujours pas si je dois commander un Martini Gin, un breuvage anglo-saxon ou un « Mourir à Stalingrad » - combien de fois va-t-il falloir vous rappeler la composition : vous prenez un grand verre que vous remplissez à ras bord de vodka. Et ensuite ? Ensuite, à la limite, vous pouvez rajouter une olive.


PS : L’Intégrale Phil Perfect qui sort ces jours-ci chez Dupuis démontre qu’au fond Serge Clerc s’est beaucoup moins amusé à dessiner, avec cet inimitable « trait fouetté à la Jijé" l’impeccable Phil Perfect que son meilleur ami, le borderline Sam Bronx, sorte de Fantasio priapique et imbibé de whisky.
PS PS : Aussi soignée soit-elle (et elle l’est), cette Intégrale Ph. Perfect rend plus indispensable que jamais à tout bibliothèque qui se respecte l’édition originale des Mémoires de l’espion, parue en 1982 aux Humanos dans la collection Autodafé, la première au monde à avoir exploré, à l’aube du genre, le roman graphique.
PS PS PS: Je tuerais plutôt que d'échanger mon exemplaire dédicacé de (Grandeur et décadence d'un) Night Clubber, petit livre presque tardif (1990) sorti chez une micro maison d'édition (ComixLand) qui résume en une simple série de cartons d'invitation à des fêtes la vie possible d'un homme. Toute la quintessence de Serge Clerc en quinze pages. Devenu rare.

Serge Clerc, L'Intégrale Phil Perfect, Dupuis, Bruxelles, 2012






Thursday, 20 December 2012

Peter Szendy, L'Apocalypse cinéma, 2012

Comme vous, je ne crois pas, ou alors d’assez loin, à l’Apocalypse annoncé pour demain, sinon quoi je ne serais pas là chez moi à écrire ce post que le grand effacement rendra complètement caduque, à propos d’un livre de philosophie cinéphile qui pourrait tout de même lui survivre, si jamais notre mort Maya n’était qu’une farce. Non, si tout devait disparaître soudain, je ne serais pas là devant mon écran, ni vous non plus, je serais dehors à faire une bamboula à tout rompre. Mais si je ne crois pas à l'armageddon, alors pourquoi devrais-je lire ce livre rempli de fables ? Parce qu’il est merveilleusement écrit, peut-être...

«Car le tableau de Bruegel brûle, des morceaux de toile noire carbonisée tombent comme des écailles d’image, mortes. Et bientôt le coin supérieur droit se gondole, se plie, des incandescences trouent la peinture, laissant place au plan suivant : la Terre, ainsi que le point rougeoyant de la planète Melancholia qui, au loin, semble s’en approcher. (…)
les images de ce prélude sont des natures mortes, des allégories glacées et glaçantes. On passe de l’une à l’autre comme on feuilletterai un livre. Page après page, chacune d’elles vibrant d’une pure vibration différentielle qui la retient au seuil du cinéma.
A l’orée, à l’aube d’un cinémonde qui vit déjà de sa propre disparition annoncée. »
(P. 63)


pix: 4:44 (Abel Ferrara)

Peter Szendy, L’Apocalypse Cinéma (2012 et autres fins du monde), capricci, Paris, 2012, 158 pages.

Monday, 10 December 2012

Quote (addition to previous post)

'If images don't do anything in this culture, if they haven't done anything, then why are we sitting here in the twilight of the twentieth century talking about them? If they only do things after we talked about them, then they aren't doing things,we are.
Therefore, if our criticism aspires to anything beyond soft science, the efficacy of images must be the cause of criticism and not it's consequence, the subject of criticism and not it's object.And this, I concluded rather grandly, is why I direct your attention to the language of visual affect, to the rhetoric of how things look-to the iconography of desire-in a word to beauty!. 
I made a voilà gesture for punctuation, but people were filing out.My fellow panelists gazed into the dark reaches of the balcony or at their cuticles. I was surprised. Admittedly, it was a goof. Beauty? Pleasure? Efficacy? The Issue of the Nineties? Outrageous. But it was an outrage worthy of rejoinder-of a question or two, or a nod, or at least a giggle. Instead, I had inadvertently created this dead zone, this silent abyss.'


David Hickey, 'Entering the Dragon' in The Invisible Dragon-Essays on Beauty, Foundation For Advance Cultural Studies, 1993.


Sunday, 9 December 2012

Remembering 2012: A Photobook List


On a bourré les urnes, rangé, séparé, repoussé, étalé sur la table, mis les trucs en pile (histoire de voir si ça tient: non), fait montre d'une mauvaise foi exemplaire, tout tenté pour arriver à 10 (raté), copié sur les voisins (mais pas tant que ça, au final), menacé de jeter l'éponge ("mais finalement ça a pas été une si grande année que ça, 2012, non?"), pour arriver à ça: un soit disant Graal du photobook 2012 (according to Pornochio).
Qui a dit "c'était bien la peine" ?


André Cepeda – Rien (Pierre von Kleist)
André Principe – Smell of tiger precedes tiger (Piere von Kleist)
Sao Trindade – Bad liver and a broken heart (Ghost)


Je dois me rendre à l'évidence: mes favoris du moment viennent tous de Lisbonne, et appartiennent peu ou prou à la même bande gravitant autour de Pierre von Kleist. Je sais pas si je dois appeler ça une école ou un mouvement, mais ça n’a que peu d’importance, aucun de ces trois livres ne répètant la même chose, sinon une forme d’âpreté au réel.

Quatre livres en deux ans, et André Principe n’en finit pas de traverser le monde visible pour tenter d'en ordonner les secrets – cela passe par des visages, des marches nocturne, des rencontres et tous ces animaux étranges qu'il photographie nous fixant en silence. J’ai de plus en plus le sentiment qu'André ne cesse de différer ses adieux à une vie post adolescente qu’il voudrait étreindre de toutes ses forces mais dont déjà il compte les secondes.

Sao Trindade est plus jeune j’imagine, du moins sa photographie, à fond dans le truc destroy, le laisse croire : Bad liver and a broken heart (beau titre, piqué à Tom Waits) enchaîne des corps de filles et de mecs (un mec, en fait) roulant par terre, viande saoule de désespoir amoureux ou déchirée aux anxiolytiques. C’est sans doute joué, posé, mais son grain est si intense qu’on croit toujours apercevoir un peu du macchabée qui nous pend a nez si on ne lève pas le pied, un jour ou l’autre.

(ps: voir, depuis, le trailer et les précisions de Ghost en comments.)

Rien, c’est une autre paire de manche encore, peut-être mon livre préféré cette année, un grand album noir et blanc ressemblant d’aspect extérieur à un catafalque. Mais l'intérieur est plus abîmé encore: d'immenses double planches dont je suis incapable de rendre compte par les mots (c’est bon signe quand ça résiste à ce point. Je peux toujours en décrire les composantes (là le corps nu d’une femme mature, là des tuyaux, là des plantes grasses, là une peau de bête dépecée), mais cela ne dit rien de l’effroi qui prend à la gorge en regardant cela, bien que le désir d’y replonger soit désormais quotidien. Il y a chez Cepeda quelque chose du grand Dirk Braekman, redécouvert à la fin de l’année 2011, la même présence malade mais sans la béquille de la séduction dont use parfois un peu trop le flamand (corps de mannequin, etc…).


Sam Falls – Val Verde + Life Size (Karma) + Paint Paper Palms (Dashwood)
Falls, 28 ans, et déjà une vingtaine de livres derrière lui, tous sidérants. On ne sait pas quelle peur de mourir nourrit une telle boulimie de travail, on ne sait rien de ce qui le fait courir. En fait, il va si vite qu’on ne sait plus, à l’heure où il nous faut revenir sur son année 2012, s’il fait encore de la photographie ou s’il est passé déjà à un autre stade, plus étrange : la photographie de sa peinture et de sa sculpture (Life Size laisse supposer ça). Disons qu’il a pour l'heure décidé de ne pas choisir. L’année 2012 lui a appartenu, c’est évident, et pour avoir passé douze mois à chasser ses bouquins (dont certains sont tirés à 50 ex.), je me range comme un soldat derrière ceux qui voient en lui le prochain Warhol potentiel (ça saute aux yeux quand on regarde Paint Paper Palms), ou mieux un taré hippie branché "cabane dans le désert", composant des formes avec des pierres, du sable et des pneus, quelque part entre James Rosenquist et Robert Smithson. On y revient en longueur asap.


William Eggleston – Los Alamos revisited (Steidl)
Plus que jamais en 2012, la parano est de mise en ce qui concerne l’édition des photobooks : le marché est devenu fructueux, et se sature lui-même à coups de faux évènements éditoriaux (Six volumes de Gordon Parks à sortir en décembre, était-ce bien nécessaire ?).
Pas ce coup-là. Autant j’avais beaucoup de suspicion à l’égard du trop gros coffret Eggleston/Chromes que Steidl avait sorti l’an passé (au moins un volume et demi de trop) autant cette version extended (le nombre des planches a été multiplié par trois) de Los Alamos (celui de ses livres que je préférais) est une indispensable leçon d’orgueil administrée à chaque page par le vieux Bill.
On a donc pas rêvé : Il y a donc bien eu un moment, au début des années 70, où Eggleston s’est trouvé à la charnière de toute l’histoire de la photographie de l’Amérique : son passé comme son futur. Il y a là, en l’état, tout Walker Evans, tout Winnogrand, tout Robert Frank, tout Lewis Baltz, tout Robert Adams, mais aussi déjà tout Anthony Hernandez, tout Paul Graham, tout Alec Soth, tout John Gossage et tout Doug Rickard. Vielle canaille, vieux salaud.


Adam Broomberg & Oliver Chanarin – Black Market (Chopped Liver Press)
Hummm, on y reviendra peut-être, même si l’objet (tiré à 100 ex) est sans doute déjà épuisé (où finit de l’être). A l’origine, une VHS trouvée sur un marché aux puces du Caire. Dedans, Al suq al Soda, un film néo-réaliste de 1945 du peintre surréaliste égyptien Kamel el-Telmissany. Mais surprise, les 38 premières minutes de la cassette cachent en fait un porno seventies cairote (il y en a donc eu !) bien bouillant. Le livre est une série de captures franches et chronologiques tirée des deux films, et il est, summum du chic fétichiste, vendu avec une copie de la VHS. Si additif que j’envisage depuis de racheter un magnétoscope (et une télé).


Brad Feuerhelm – Vernacular (Self Publish, Be Happy)
Bien sur, vernaculaire est le mot valise dans lequel on a fait rentrer toute la photographie des quatre dernières années. Le prolifique Erik Kessels et les anglais d’Archive of modern conflict dominent la photo trouvée comme personne, le tétanisant Dead men don’t look like me rassemblé par Paul Schiek a impressionné, tout comme le très vif Stip-O-Gram de l'ami Sébastien Girard. Mais il a fallut attendre Offprint en novembre pour voir surgir ce bijoux d’un autre collectionneur anglais, Brad Feuerhelm, enchaînant 54 photographies trouvées (où ça, aux chiottes?) n’ayant pour lien entre elles que leur sexy éprouvé et leur vulgarité lambda.Pourtant Feuerhelm - monteur génial - arrive à tirer de son séquençage une émotion bizarre : sensation, peut-être, de voir défiler l’époque dans sa part brute et épisodiquement imbécile.



Marten Lange – Another Language (Mack)
Je ne sais pas qui est Marten Lange – je m’en fous. Je ne comprends rien à ce livre – c’est pas grave. On y voit des tortues, du bois, des truites, des rochers, la nature élémentaire – toutes ces choses qui en général me gavent. Alors pourquoi, les matins où je me réveillent à 5h, frappé d’insomnie, est-ce vers ce petit livre gris que spontanément je me tourne en espérant trouver consolation? hein ?



Riydai Takano – A (Superlabo)
Go Itami – Mazime 4 (autoédité)

On se plaint beaucoup, ici ou là, de ce que la photographie japonaise ait en ce moment un mal fou à exprimer autre chose que de la joliesse, du mignon, du kawaii (ça devrait changer en 2013 avec la sortie chez Akaaka du Surrounded myself to the chair of life de Jin Ohashi).
En attendant, deux espoirs, ou plutôt deux mystères: Beaucoup d’intensité et de fugacité - à défaut de grands discours - dans le vivifiant Mazime 4 de Go Itami, capable de passer de la plus grande abstraction à des portraits sensuels, ou accidentels (cf. photo ci-contre). Quant au A de Riydai Takano (bouquin inédit mais tiré d'une session de 1999), il vient - en 11 impressionnantes photos d’un homme fort photographié la quique à l'air sous sa douche, mi cancrelat souffrant mi animal méditant, rampant sur le carreau noir et froid de son bain turc - de jeter un pavé dans la mare de la représentation du corps au Japon. Ah.



Arianna Arcara & Luca Santese – Found photos in Detroit (Cesura)
Un des grands moments de l’expo Anonymes d’Amérique qui avait inauguré le BAL (Impasse de la défense, Paris 18ème) il y a deux ans. C’est enfin un livre : ramassis informel de photographies trouvées dans les rues de Detroit. Des clichés attaqués par l’érosion, la flotte, l’humidité, ou tout simplement par le mépris généralisé à l’égard d’une classe sociale expulsée en masse depuis le credit crunch de 2008. Soit la version photographiée de ce que raconte Mad Mike depuis + de 20 ans.


Arne Schmitt/ Andrzej Steinbach – It was the streets that raised me, streets that paid me, streets that made me a product of my environment (Spector Books)
Celui-là non plus ne veut pas partir, dès mois après son acquisition. Confrontation de photos urbaines (faites à Leipzig en 2009) avec des captures de vidéos hip hop américaine des 80’s. Sentiment étrange d’évoluer dans un non-pays, dans une non-lande, avec la violence américaine (dans son fantasme disproportionné) pour seul référent miteux. Aussi calme soit-il, ce livre laisse un drôle de goût dans la bouche, à bien y réfléchir.


Ute Mahler & Werner Mahler – Mona Lisen, der vorstädte (Meier und Muller)
J'aime plus que de raison les Mahler, couple mythique de la photographie de presse (mais aussi de mode) de l'Allemagne de l'Est des années 70. Toujours en activités, toujours impeccables, ils livrent ici une série de portraits noirs et blancs (d’un clean presqu’angoissant : véritable précipice dans le vide) de 30 jeunes femmes dévisageant le paysage urbain sans grâce dans lequel, Mona Lisa des terrains vagues, elles vivent. Dans un genre similaire (le portrait plein pot), le nouveau John Gossage, She called me by name, est très bien, lui aussi.

Ida Pimenoff – A shadow at the edge of every moment (Kehrer)
«Sometimes you may dream of a person you haven’t seen in years or of someone who is distant in some other way, dead even.» Beaucoup d’attachement pour ce livre impressionniste et discret (les branchés sont passés à côté : c’est pas plus mal), le troisième d’une jeune photographe finlandaise née à Helsinki en 1977. Difficile d’en parler sans bousculer le silence rêveur qui fonde son approche. A ranger doucement, jamais trop loin du Let’s sit down before we go de Bertien van Manen (chef d’œuvre méconnu de l’an 2011) et de l’hallucinant I want to eat de Mariken Wessels


Johan Sundgren – By Lamplight (Journal) Je tiens Journal, maison d’édition basée à Stockholm, comme une des meilleures adresses au monde. Ce livre le prouve : son auteur, un suédois de 40 ans, a bossé quelques mois comme aide sociale auprès de personnes âgées. Ok. Il a établi avec eux un pacte : eux et lui se photographiant à tour de rôle. Ok. Ce qui ne dit toujours pas pourquoi on tient là un nouvel épisode d’une photographie suédoise impudique mais sidérante d’humanité telle que l’a inventée Anders Petersen et perpétuée JH Engström.


Paul Graham – The Present (Mack)
Rencontrer enfin longuement Paul Graham, à New York en juin, fut pour moi un moment journalstique précieux - le genre de moments qui fait croire que l'on a raison de continuer. Durant la conversation, le smart et glacial Graham a évoqué à plusieurs reprises son ami Michael Schmidt, et surtout combien à chaque nouveau livre Schmidt arrive à perdre son public, tout simplement parce qu’il faut des années pour comprendre où il veut en venir. Bien sur, Graham ne citait pas Schmidt par hasard, ultra conscient que The Present, ce livre photo/philosophique qui clôt de façon angoissante sa trilogie américaine (entamée avec American Night et poursuivie par le masterpiece A Shimmer of possibility) serait en 2012 un livre aussi célébré qu’incompris. Ce fut le cas, effectivement, le projet ayant clivé le monde riquiqui de la photographie entre détestation pure, reniement sous les glaviots et adoration embuée. Très très haut dans les sommets de ma liste.



Tuesday, 4 December 2012

Dark Britain by Ben Myers

TEN UK POST-WAR NOVELS THAT LURK IN THE SHADOW 
A selection by Ben Myers

Je n'ai jamais rencontré Ben Myers. Je m'en fous, je pense que lui aussi puisqu' on a l'air d'aimer les mêmes livres. Ben a fait le choix de vivre au grand air pour mieux écrire (comme il me le dit, « je ne sais rien faire d'autre »). Avec Adelle, ils ont fait du North East leur prime inspiration. A travers Pig Boy (more here about it), troisième livre de Ben, comme chez Gordon Burn - merci, Ben, merci - il pleut dehors comme dedans. Mais,autant qu'il peut, le West Yorksihre se fait aussi touchant dans cette histoire de knuckle fights, débilité légère, amour ratés, joies simples, zone bucolique, ratages inéluctables.
Ben vient de m'envoyer The Bairn (le gosse en Northern slang), son nouveau livre, à sortir... Avec d'autres, il construit, les wellies dans la boue, ce campag-noir, comme un pendant sombre du Gentleman farmer qui vient à l'esprit de nos compatriotes à peine 'Campagne Anglaise' sortie de notre bouche.
On y reviendra (sur Ben). Mais on ne pouvait pas attendre pour vous faire partager son bon goût, terroir et gouttière. Et l'on vous conseille de suivre ses autres lectures ici...



GBH
by Ted Lewis

The best work by the author known for writing Get Carter, GBH delves deep into the murky world of a pornographer who flees London for the grey seaside town of Mablethorpe. Increasingly paranoid as it charges toward a grim conclusion, it captures perfectly the essence of 1970s dead-end England.

The Siege At Trencher’s Farm
by Gordon Williams

George Magruder is an American writer who relocates to rural Cornwall with his wife and child to write in peace – but the backwards, hillbilly locals have other ideas during a claustrophobic snowed-in, winter. The Siege At Trencher’s Farm gained fame and controversy when it was drastically reworked as Straw Dogs.

GB84
by David Peace

Margaret Thatcher’s ego-driven class war against the mining industry in the 1980s created one of the darkest periods in British history, the political and social repercussions of which are still being felt today. Peace presents a forensic and gripping study of the minutiae and mechanics of the trade unionists versus representatives of The System.

Happy Like Murderers
by Gordon Burn

The disturbing story of couple Fred and Rose West, who kidnapped, tortured and killed at least eleven girls and women, forms the basis for a narrative that raises journalism beyond the cold hard facts of reporting and into the realm of classic literature.

Young Adam
by Alexander Trocchi

Trocchi’s tale of a young – possibly sociopathic – barge-worker in Glasgow is taut and tense and as black as the waters of the River Clyde. The 2003 film adaptation starring Ewan MacGregor is well worth watching too.

The Hounding Of David Oluwale
by Kester Aspden

The story of Nigerian immigrant Oluwale, a homeless victim of systematic racism and police brutality in Leeds during the 1960s, is as shocking as it is sad and as brilliantly researched as it is compelling.

The Long Firm
by Jake Arnott

The criminal underworld of London in the 1960s has been well documented, but few have done is as well as Jake Arnott in The Long Firm, whose narrative weaves together five different stories and features many real life characters, all centred around homosexual gangster Harry Starks.

This Sporting Life
by David Storey

The rough and tumble world of rugby in a tough Yorkshire mining town forms the backdrop for This Sporting Life, in which brooding Arthur Machin embarks on a relationship with his recently widowed landlady. Again, Lindsay Anderson’s film adaptation is a classic.

The Grass Arena by John Healy

Like an infinitely more disturbing version of Orwell’s Down And Out In Paris And London, Healy’s autobiography about his years as an alcoholic on the London streets may well be the best ever study of the ills of drink. There’s no romance or bar-stool philosophising here, just violence and madness.

The Not Knowing by Cathi Unsworth

What Cathi Unsworth doesn’t know about London noir and alternative pop culture is not worth knowing. One of the UK’s leading crime writers, this debut combines the two in a 1990s story about a murdered film director, a music journalist and a highly creepy crime writer.


Ps:on vous laisse chercher les traductions (certains, pas tous) en Francais..

Tuesday, 20 November 2012