
Tout ça pour dire que le Tarkovski qui, pour l'instant, me touche vraiment (en attendant de trouver le courage de me plonger sérieusement dans sa filmographie) n'est pas cinéaste mais photographe. Bright, Bright Day est un très beau catalogue, supervisé par le (sur)coté Stephen Gill, d'une exposition qui s'est tenue fin 2007 à Londres, à la White Space Gallery.
C'est pour la préparation de son film Nostalghia que le réalisateur s'est entiché, à la fin des années 70, d'un appareil polaroid, mitraillant à tout va, sa famille, son chien, sa maison en Russie mais aussi la région de Sienne où il comptait tourner son film. Des clichés d'une Italie impossibles à distinguer de ceux pris dans son pays natal, preuve que la photo n'est qu'une question de regard, s'il y en a qui en doutait encore. Étrangement, ces photos de familles, au premier abord anodines, arrivent à toucher au delà du cercle des intimes, plus que leur indéniable qualité formelle, c'est ce voile de tristesse qui les recouvre, comme cette brume omniprésente dans toutes ses photos prises dans la campagne, qui émeut dès la première vision. Comme si en figeant l'instant présent, la nostalgie maladive de Tarkovski (enfin ! j'imagine !) avait immédiatement déteint sur ses polas. Au final, en feuilletant ce livre, j'ai l'impression d'en apprendre bien plus sur ce réalisateur, qui m'est presque inconnu, qu'en lisant une biographie de 500 pages.
Andrey Tarkovsky, Bright, Bright Day, White Space Gallery, 2011