WE ARE MODERN -WE TWEET!





-But if you'd rather watch a movie, you're also welcome at
Disorder in Discipline-



Showing posts with label crumbling the antiseptic beauty. Show all posts
Showing posts with label crumbling the antiseptic beauty. Show all posts

Saturday, 11 February 2012

FELT, the Felt Book, 1979-1989

« Not that many people heard it » écrit Paul Stanley dans la préface. Un euphémisme. La parution d'un Felt Book est une anomalie en soi, en regard des chiffres de vente de Felt à travers le temps. Mais c’est toute l’existence de Felt qui vaut pour anomalie : la fierté blessée de Lawrence, renforcée à chaque disque, au fur et à mesure que ses rêves de star (être Bowie ou rien) s’encastraient dans le mur de l’indifférence générale. Son exigence. Ses lubies capillaires (virer sur le champ un des membres du groupe sous le prétexte qu’il était frisé ou châtain), Sa logique folle – qui lui fit arrêter le groupe au moment même où ça aurait pu décoller un peu, sur la beauté amère d’une série de chiffres parfaits : dix albums et dix singles en dix ans. Sa peur maladive que quelque chose ne vienne contaminer ses rêves de pureté absolue. Son horreur du présent (forever divorced from reality).

A ce prix, je peux compter autour de moi pas moins de dix fans de Felt, autant de filles que de garçons, et je sais que d’autres –magiques- que je lis sans jamais les avoir rencontrés sont plus atteint que moi encore par le cristal de cette pop un peu maudite qui trouvait son éclat dans le dégoût.
Pour chacun d'entre eux, le FeltBook est arrivé par la poste ce matin. Il est rare (1000 ex, signés de Lawrence, disponibles chez Gibert ou ici) et beau, comme il se doit. Plus encore, je le trouve émouvant. On pourrait presque, en le feuilletant, entendre la mélancolie engorgée de Lawrence. Sans doute aussi pourrais-je y croiser le fantôme de mes années New Rose/Danceteria. Ou encore le fantôme de tous ceux qui ont frôlé d'un peu trop près le concept d'adolescence au plein coeur des années 80.

Évidemment, le fétichisme ahurissant dont Lawrence a toujours fait preuve nourrît de part en part ces 175 pages de photos - pas une qui ne calme sur le champ la moindre tentative de faire aujourd’hui une série mode qui ait du sens (ho boy, ce pantalon quasi chino p.106 ! et cette double page, p.146-147, où Felt est résumé à six chemises accrochées à leurs cintres). Tout ici est parfait, exténuant de classe - Lawrence, où l'itinéraire d'un jeune homme pauvre se sortant de sa condition par le maintient dans la tourmente d’une élégance à toute épreuve.
Comme les superstars de la Factory qui mesuraient leur suprématie à l’approbation de quinze personnes dont l’avis comptait plus que les moqueries du reste du monde, Lawrence a traversé dix années de désert Felt en laissant les photographes faire leur travail : capturer sur sa triste mine anémiée la légende indie en train de s’écrire. Persuadé qu’un jour un tel livre existerait, il a tout consigné : la liste de la maigre poignée de groupes amis dans lesquels il retrouvait quelque chose de son exigence de paria (The Fall, Echo, Prefab Sprout, Orange Juice, Pale Fountains), les héros -Scott Walker ou Laura Nylo - qu’il se découvrait; les films fondateurs (Christiane F, Pixote ou Contes de la folie ordinaire) et quelques livres nourrissants ses rêves (tiens, il y a quasiment tout Kerouac, la bio d’Edie Sedgwick, le I’m still the greatest says Johnny Angelo de Nik Cohn). Et puis, forcément, il y a ces étoiles contre qui se mesurer : Nastassja Kinski, Penelope tree, Esther Ofarim - ce genre. Sur la dernière image, il baisse la tête et ferme les yeux. Il tient dans ses mains une édition usée d’un roman de Herbert Gold : The man who was not with it.
Tout est dit, alors.



Felt, First Third édition, London/Paris, 2012