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-But if you'd rather watch a movie, you're also welcome at
Disorder in Discipline-



Sunday, 4 March 2012

Dirk Braeckman, Catalogue, 1993-2011

Après tout, il n’est pas impossible que l’enjeu de la photographie soit de défier le langage, le mettre à l’amende. Que sa visée profonde soit de déjouer la reconnaissance.
Des japonais déjà, au milieu des années 60, s’y sont employés : Takuma Nakahira et son comparse Daïdo Moriyama (Farewell Photography, le titre de son livre de 1972 n’est pas à entendre comme un adieu à la photo mais comme un au revoir à la photographie d’identification).






Dirk Braeckman (né en 1958 à Gand), que l’on découvre enfin, hallucinés, coupe lui aussi à ras l’herbe sous les pieds du commentaire. Mais de façon presqu’inverse : les japonais Provoke faisaient trembler le monde, lui le fige dans une sorte de lumière gelée. Ou alors braque sur lui un flash inquisiteur, violemment éblouissant. De près, une image de Braeckman ne repose plus, comme d’habitude, sur une transaction qui va du monde au papier : il semble que, techniquement parlant, il projette son image sur un mur de plâtre blanc un peu graveleux un peu marqué avant de la re-photographier. Ou alors (seconde voie) il travaille tellement le moment du tirage qu’il obtient quelque chose qui est à la limite du tactile. Une image de coton. Une photographie ouate - à laquelle les reproductions que nous postons ici, parce que trop claires, ne rendent pas justice: il faut voir ça sur livre, profondément sombres, pour ressentir cet effet d'étrangeté, comme si le monde réel avait fondu dans le gris du papier-peint. Pour qu’ainsi sa matière ait l’air aplatie, recrachée, dévidée. Il n’y a pas beaucoup de bruits dans les photographies de Braeckman. Elles évoquent quelques compositions de John Cage ou de Morton Feldman, voire un Durutti Column de réclusion.



La photo est l’agent de cette transformation du monde en monolithe gris. La mutation a lieu là en direct sous nos yeux, on se retrouve donc chez Dirk Braeckman au pire moment du commentaire, face à quelque chose que nous ne saisissons pas encore ou que nous n’identifions plus de la même façon, quelque chose face à quoi nous n’avons ni les armes ni les mots.
C’est d’autant plus troublant qu’il y a souvent des corps dans ces images, dans ces pièces qui ressemblaient encore il y a peu à des chambres d’hôtels. Des corps de femmes nues ou faisant l’amour. C’est embarrassant de ne plus soudain savoir nommer ça. Alors, comme en amour, on laisse faire le choc, on se laisse fondre dans cette sensation forte qu’aucune explication technique ne saurait dégager. Où l'on se contentera de dire qu’il fait noir, que l’air manque.

Exposées, ses photos fade to grey sont immenses. Les voir enfin en livre, dans un format moins écrasant, efface les malentendus : ce n’est ni de la photo plasticienne, conceptuelle, docte et froide. Ce n’est pas non plus de la photo de mode, même si les filles qui traversent ces couloirs aux ténèbres sont suffisamment bien foutues pour qu’on puisse les soupçonner d’être mannequins ou modèles professionnels. C'est une photographie qui, depuis vingt ans, s'engage sur un terrain où le monde est réordonné pour décevoir le sens. C’est la jeune photographie qui aujourd'hui éclaire enfin Braeckman - celle entre autre qui se pratique en Hollande avec ironie (je pense en premier lieu à l’incroyable Paul Kooiker des débuts, période Showground ou Room Service, ce Kooiker en chambre qui, me semble-t-il, tient de Braeckman sa façon de se servir de la lumière par éclaboussures). Ce n’est pas non plus un hasard si tout le monde aux USA le redécouvre maintenant - à commencer par Alec Soth qui a mis ce livre très haut dans sa liste des photobooks 2011, ce qui est rare pour un bouquin qui se présente comme un catalogue d’expo rétrospectif... c’est dire l’ampleur du choc. Déjà, Braeckman pendant longtemps ne voulait pas entendre parler de livre, pas si mécontent au final d’avoir enfermé ses photos dans leur propre obscurité. On a perdu un peu de temps, mais ce temps là nous a été profitable: car il nous a fallu désapprendre, et accepter que des photos ne cherchent ni à avoir un sujet ni à avoir une signification évidente. Il faut admettre que leur secret est ailleurs, dans le surgissement d'un sentiment d'inconnu, obtus et mystérieux – l’image comme négatif photographique du langage. Se souvenir de ce que chantait Visage: Devenir Gris.




Dirk Braeckman, (with essays by Martin Germann & Dirk Lauwaert), Roma Publication, Amsterdam 2011, 384 pages.

Jérôme Brézillon 1964-2012.






So long Jérôme.

Saturday, 25 February 2012

Alix-Cléo Roubaud, Journal 1979-1983, 1984


Elle s’appelait Alix-Cléo Roubaud. Elle était photographe. Durant les quatre dernières années de son existence, elle a tenu la main courante de sa vie dans un Journal hanté par la maladie (asthme agravé), la mort, le suicide. Des cahiers sur lesquels, d’une écriture serrée, elle consignait tout, sans aucune forme de secret : peurs, tourments, addictions, intimité, projets et réflexions sur la photographie. Au fil des pages, on est précipité dans la vie, dans l’intensité d’une vie, dans la dépression, dans l’idée de la mort. On ne reculera pas. On lira tout jusqu’au bout.
Habitée par la peur de disparaître, elle pratiquait l’écriture au quotidien comme pour apprivoiser l’abîme, « elle écrivait dans l’ordre des jours, sans revenir en arrière, sans corriger, sans effacer ; pour elle-même ; et, peut-être, bien qu’elle n’ait rien dit à cet effet, ni pour ni contre, pour être lue après sa mort », commente son compagnon Jacques Roubaud. Elle aimait la vie de loin, passionnément, mais sans l’impression d’y être ni d’en faire partie. Une lente mélancolie qui la renvoyait à sa propre solitude. Une absence à soi qui trahissait la connaissance d'états limites : "Plus de jours, plus d’heures, plus d’amis, un effacement simple de ma personne, s’accomplissant lentement comme une gangrène." La vie vécue comme une longue dérive...
D’origine canadienne, Alix maîtrisait aussi bien l'anglais que le français. D’emblée, le Journal entremêle les deux langues. Mais très vite, l’anglais s’impose à elle comme la langue de l’impuissance, de l’inavouable. Alix donne libre cours aux désarticulations, aux contorsions poussant le langage au bord du balbutiement.

Journal bégayé, magnifique, dément, quelque chose de noir… parsemé ça et là des photographies d’Alix, images spectrales de sa propre mort. Elle qui écrivait, « l’horreur vient le matin. Elle ne vient pas du matin, elle vient de la nuit, et arrive quand elle survit de la nuit. Quant au matin, le monde a gardé son visage de nuit », s’en est allé à la rencontre de sa propre mort un matin de Janvier 1983, un de ses jours glacials et cristallins de ce mois d’hiver, emportée par une embolie pulmonaire, alors qu’elle venait à peine d’avoir 31 ans.

Alix-Cléo Roubaud, Journal 1979-1983, Seuil, 1984 (réédition seuil 2009)
A voir sur disorder in discipline le film de Jean Eustache, les Photos d'Alix tourné en 1980.














21h30 rue de la Harpe le 5.X.80
pas de timbres

« Bon,je vais rester.Il fait froid dehors,je n’ai pas froid. La maladie, n’est pas une seconde nature,elle abolit toute nature.Reste, pour une sorte de permanence,des traces :photos, papiers,ordres.les conversations ne sont rien.la conversation est l’art de donner ce qui ressemble à une nature.Je te parlerai toujours trop ou pas assez ou mal, enfin c’est comme ça.
Que vas-tu faire de moi,ma grisaille,mon manque de consistance,mon désir de me taire le plus possible,par la photo par exemple.Ou pourquoi la photo ?parce qu’elle est fragmentée et que,comme dans les aphorismes, la fragmentation laisse voir les blancs entre les morceaux et c’est très précisément là.Peut-être une esthétique de la ruine…
Des peurs pour rien, mais après tout tant de choses pour rien et c’est ainsi. ce soir je ne suis/rien du tout mais je t’écris comme je peux, avant de me mettre au lit, malgré les délires de fièvre des deux dernières nuits j’aime ce lit

A très bientôt,à très bientôt
(non envoyée)


29.X.80

« well haven’t we been through it all over again.A night shifted between rooms and night walks and my drunkedness and you came to pick me up at three in the morning sitting on the ground in the court-yard rue Vd T and the great vagueness of hangover through which one reconstructs each ever maddening sentence.

Begin again.Forget the pain.remember I dragged you,unshaven,out of bed at five in the afternoon to listen to Basil Bunting and you were so happy and I was so proud that you belonged there.

Still the buzz in my ears : « it like with Carnap ! »

Bought ? yesterday.One swallowed in the bus yesterday after days of hunger and depression ;then a couple more before sleeping.Today was Jean’s film :a couple more to keep away stage fright and to stay abreast of Jean’s frightening dpression »


7.VIII.81

«- I don’t understand
-Neither do I.
In the kitchen,on the table, terrified, death smell,a dead dormouse somehow,gray,I am going to break down entirely,the part of me that carries on the game works automatically and is hollow,meanwhile the grey summer leaks away ant I shall be thirty soon and I panic,sheer,steep panic as I am terrified of killing myself,as I listlessly watch myself building up to it,not daring to tell Jacques nor anyone as blank August creeps up, my family far away and not a single photograph in months except the bleak via crucis with the final blank wall and nothing else except a window which should end the whole thing and thank God, the God who stares blankly on me through that window, thank God the window is only two stories high,so frightened I don’t dare go to the doctor.
Nothing is real time receding into timelessness. »



19.1.83

« Il me fallait une maladie mortelle,ou répertoriée telle,pour guérir de l’envie de mourir.De la manière la plus oblique,organique,lente,j’ai inventé,en quelque sorte,ma maladie. –et celle dont je guérirai. »

Friday, 17 February 2012

Quote














Pix : Fernell Franco, Interiores

"J'étais au beau milieu de la chambre en train de feuilleter un livre ahurissant dérobé à ma bibliothèque de fortune quand cette maudite chose, en traître, m'a saisi. Froid dans les vertèbres et approche d'une mort qui n'était que de la fatigue. J'ai réussi à m'étendre sur le dos dans le hamac et j'ai été, je men souviens, assailli de questions dont je n'ai jamais su qui me les posait. J'ai commencé par me demander qui j'étais, parce que je ne suis pas quelqu'un d'autre, puis j'ai répété mentalement, à l'infini, mon véritable nom, jusqu'à ce qu'il perde tout sens, à la suite de quoi il y a eu un grand vide blanc dans le quel je me suis installé sans violence et qui était l'être et le non-être."
Juan Carlos Onetti, "quand plus rien n'aura d'importance", Christian Bourgois Editeur, 1994. p.155.

Tuesday, 14 February 2012

Henri Rollin, L’apocalypse de notre temps, 1939 (rééd. Allia)




Paru l’année dernière en France, le (pas très bon) roman d’Umberto Eco Le cimetière de Prague avait pour toile de fond la rédaction des Protocoles aux Sages de Sion, le plus fameux faux antisémite de l’époque contemporaine - un thème qui n’est pas nouveau pour Eco, qui en parlait déjà dans un chapitre de son recueil d’essais de 1994, Six Walks in the Fictional Woods, qu’il cite dans son introduction d’un autre livre consacré au même sujet, The Plot, l’ultime graphic novel de Will Eisner.

Dans la volumineuse bibliographie qu’a suscitée ce texte méphitique (rien moins que 43 titres cités à la fin de The Plot), on trouve aussi les pavés touffus de P-A Taguieff et Histoire d'un mythe, le livre aujourd’hui classique de Norman Cohn - un nom que les amateurs de littérature subculturelle connaissent au moins pour deux autres raisons (il est l’auteur des Fanatiques de l’Apocalypse, histoire du millénarisme révolutionnaire qui fut l’une des lectures capitales de Vaneigem lorsqu’il appartenait encore à l’IS ; et il est le père de Nik ‘Another Saturday Night’ Cohn, qu’évoque Pornochio dans son récent salut à Felt). Mais, bizarrement, on ne trouve pas dans ces 43 titres L’apocalypse de notre temps, somme de 740 pages du journaliste (et agent secret) français Henri Rollin publiée en septembre 1939, saisie par les Allemands en juin 1940, qui sera la source principale de Cohn mais ne sera rééditée qu’en 1991 grâce aux éditions Allia de Gérard Berréby.

C’est un livre au parfum vieillot, issu d’une époque tourmentée, peuplée de cauchemars et de démons que Rollin s’efforçait de combattre avec pour seules armes son érudition méticuleuse et son souci maladif du détail. Sous-titré « Les dessous de la propagande allemande d’après des documents inédits », L’Apocalypse se présente comme un texte de circonstance, la riposte d’un patriote français à l’arme idéologique principale de l’Allemagne nazie - ce « mythe du mystérieux complot judéo-maçonnico-bolcheviste » que Hitler était allé récupérer dans les poubelles du tsar, et dont il fera la source capitale de l’eschatologie du IIIème Reich.

Pourtant, malgré son titre, l’ouvrage ne s’appesantit pas sur la philologie de ce monument du conspirationnisme antisémite ; Rollin ne remonte pas la généalogie des Protocoles jusque dans les œuvres d’Eugène Sue (Le Juif errant) et d'Alexandre Dumas (Joseph Balsamo) comme Umberto Eco, préférant intégrer l’histoire de leur fabrication et de leur diffusion dans une vaste fresque des relations diplomatiques secrètes entre la Russie, la France, l’Angleterre et l’Allemagne depuis la fin du XIXème siècle. Et son livre est ainsi un labyrinthe d’intrigues obscures peuplé de personnages troubles, tous réunis au service de l’écrasement de la liberté : professionnels de la manipulation policière comme Ratchkovski, le chef de la police tsariste à Paris qui commandera la réalisation des Protocoles, faux anarchistes provocateurs tel Azev, terroriste meurtrier rémunéré par l’Okhrana, agents d’influence aux menées retorses comme Elie de Cyon, calomniateurs stipendiés comme Edouard Drumont, pour ne rien dire de Henry Ford, des voitures du même nom, inventeur du 20ème siècle industriel et réactionnaire au dernier degré, qui introduisit les Protocoles aux Etats-Unis en 1920.

L’approche totalement dépourvue de romanesque de Rollin fait de toutes ces figures des agents uniquement mus par leur position au service de la réaction, ce qui donne à son récit un côté béhaviouriste manchettien où les automatiques auraient été remplacés par la calomnie imprimée, les fausses nouvelles et les bombes opportunes. L’antisémitisme n’est ici traité que pour ce pourquoi il était utilisé : un mensonge, bien sûr, mais surtout une arme, au service d’un but : la défense de la Sainte Russie obscurantiste contre le premier ministre libéral Witté (contre qui fut rédigée la version « originale » des Protocoles), la défense de l’ordre établi contre la vague révolutionnaire de l’après Octobre 1917, l’expansionnisme nazi.

Et parfois l’intrigue vire de Manchette à Adèle Blanc-Sec, lorsque Rollin ressuscite le petit milieu de mystiques frappés et de charlatans de l’occultisme qui jouèrent un grand rôle dans l’inspiration ou dans la diffusion des Protocoles. On y croise ainsi le mage Philippe, prédécesseur français de Raspoutine auprès de Nicolas II, Gérard Encausse, alias Papus, fondateur du martinisme et figure du Paris fin-de-siècle, le moine fanatique Serguei Nilus, dont le traité antisémite Le Grand dans le Petit, qui contenait la première version intégrale des Protocoles, fut l’un des trois livres retrouvés dans les affaires personnelles de la tsarine après son exécution, ou encore Léo Taxil, l’incroyable mystificateur dont les faux pamphlets anti-maçons abusèrent jusqu’au pape dans les années 1880-1890.

J’ai lu ce livre il y a près de 15 ans, avec une curiosité mêlée d’incrédulité devant l’incroyable destinée de ces thèses détournées d’un texte anti-napoléonien des années 1860 devenues la Bible (ou plutôt, comme le dit Rollin, l’Apocalypse) des antisémites du monde entier. Mais entre temps sont passés « l’il-n’y-a-pas-eu-d’avion-dans-le-Pentagone » de T. Meyssan et les faux listings de l’affaire Clearstream et, en le reprenant pour écrire cette chronique, je me rends compte que c’est aussi de notre époque qu’il parle. Et que, si cette histoire invraisemblable est une fantastique matière à fictions, elle est aussi la démonstration du pouvoir dramatique que la fiction peut avoir sur la réalité. Car - et c’est que souligne pour sa part Eco lorsqu’il en dévoile les ressorts de roman feuilleton - qu’étaient au fond Les Protocoles aux Sages de Sion, sinon une histoire inventée, une fiction, dont ses auteurs firent une arme mortelle ?

Marc Behm, La reine de la nuit, 1977

ça commence comme ça:

"Je hais les meubles et les clowns.
Mon père m'a emmené au cirque, une seule fois, en mai 1922, et nous sommes ressortis presque immédiatement. Tout était si consternant. Et les clowns tellement macabres!
Et après la disparition de ma mère, en mars 1925, on a à peu à peu jeté toutes les chaises, armoires, tables, tabourets et chiffonniers jusqu'à ce que la maison soit pratiquement vide.

J'ai commencé à fumer à onze ans. des Wings, une marque américaine. Herr Dorpmuller nous en donnait chacune un paquet, à Lisa et à moi, chaque fois qu'on le laissait nous emmener dans son arrière-boutique de la Ludwigstrasse. On déboutonnait notre corsage pour lui montrer notre gorge et il se teanit là, devant nous, ses mains en mouvement dans ses poches, grognant et reniflant.
On s'y rendait le lundi et le vendredi.
Puis Lisa est partie à Dresde. Comme je redoutais de l'affronter seule, j'ai arrêté de fumer.
Lisa s'est pendue à Berlin, en 1945."

et ça ne s'arrêtera pas.
Pour son premier roman, Marc Behm fonce dans la grande histoire comme d'autres dans un mur. Pied au plancher. Aventures, tortures, pornographie et croix gammées, tous les ingrédients sont là pour perpétuer une tradition littéraire née des charniers: la nazisploitation. On y reviendra.

Marc Behm, La Reine de la nuit, traduit par Nathalie Godard, Rivages, Paris, 1998

Monday, 13 February 2012

quote

'I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies. If the American people ever allow private banks to control the issue of their currency, first by inflation, then by deflation, the banks and corporations that will grow up around [the banks] will deprive the people of all property until their children wake-up homeless on the continent their fathers conquered. The issuing power should be taken from the banks and restored to the people, to whom it properly belongs.'

Thomas Jefferson (attributed).

Saturday, 11 February 2012

Quote


"L'arrête était atteinte. le glacier vaincu ! Et il était midi...
D'abord ce fut l'épuisement qui domina. Il s'assit, s'allongea, ce qui était fort aisé sur les plates-formes rocheuses horizontales, larges d'un mètre et sèches, qui séparaient les dernières pentes adoucies du névé des précipices de la face sud.
Un grande chaleur, vraiment, se répandait au creux du rocher. Il avait ôté ses lunettes fumées, il but un coup, bourra sa gourde de neige et la coucha près de lui. Maintenant, à mesure que revenait le calme, s'éveillait la conscience, et, il en convenait lucidement, il était tombé dans un piège.
Car redescendre par le glacier, un glacier de ce genre, dans la neige à présent ramollie, et seul, il ne pouvait en être question aujourd'hui, c'eût été la mort à peu près assurée. Si, comme c'était prévu, il avait gravi le sommet de droite, (en escaladant deux à trois cent mètres de rocher difficile) et s'il était revenu de même (les autres voies de ce sommet étaient toutes plus dures et plus longues), la question fût demeurée identique : comment redescendre de l'arrête ? A gauche, elle se poursuivait sur une centaine de mètres, formant quelques brèches mais dans l'ensemble, horizontale et viable ; ensuite, elle s'élançait verticalement en un système de tours apparemment inescaladables et se terminait Dieu sait où. (Ull manquait d'informations à ce sujet car il n'existait à l'époque aucun guide pour cette partie des Alpes ; en tout cas, Ull n'en avait pas trouvé et s'était efforcé de rassembler des renseignements à partir de diverses publications.) Il ne restait donc plus que la face sud.
Elle avait l'air terrible".

FELT, the Felt Book, 1979-1989

« Not that many people heard it » écrit Paul Stanley dans la préface. Un euphémisme. La parution d'un Felt Book est une anomalie en soi, en regard des chiffres de vente de Felt à travers le temps. Mais c’est toute l’existence de Felt qui vaut pour anomalie : la fierté blessée de Lawrence, renforcée à chaque disque, au fur et à mesure que ses rêves de star (être Bowie ou rien) s’encastraient dans le mur de l’indifférence générale. Son exigence. Ses lubies capillaires (virer sur le champ un des membres du groupe sous le prétexte qu’il était frisé ou châtain), Sa logique folle – qui lui fit arrêter le groupe au moment même où ça aurait pu décoller un peu, sur la beauté amère d’une série de chiffres parfaits : dix albums et dix singles en dix ans. Sa peur maladive que quelque chose ne vienne contaminer ses rêves de pureté absolue. Son horreur du présent (forever divorced from reality).

A ce prix, je peux compter autour de moi pas moins de dix fans de Felt, autant de filles que de garçons, et je sais que d’autres –magiques- que je lis sans jamais les avoir rencontrés sont plus atteint que moi encore par le cristal de cette pop un peu maudite qui trouvait son éclat dans le dégoût.
Pour chacun d'entre eux, le FeltBook est arrivé par la poste ce matin. Il est rare (1000 ex, signés de Lawrence, disponibles chez Gibert ou ici) et beau, comme il se doit. Plus encore, je le trouve émouvant. On pourrait presque, en le feuilletant, entendre la mélancolie engorgée de Lawrence. Sans doute aussi pourrais-je y croiser le fantôme de mes années New Rose/Danceteria. Ou encore le fantôme de tous ceux qui ont frôlé d'un peu trop près le concept d'adolescence au plein coeur des années 80.

Évidemment, le fétichisme ahurissant dont Lawrence a toujours fait preuve nourrît de part en part ces 175 pages de photos - pas une qui ne calme sur le champ la moindre tentative de faire aujourd’hui une série mode qui ait du sens (ho boy, ce pantalon quasi chino p.106 ! et cette double page, p.146-147, où Felt est résumé à six chemises accrochées à leurs cintres). Tout ici est parfait, exténuant de classe - Lawrence, où l'itinéraire d'un jeune homme pauvre se sortant de sa condition par le maintient dans la tourmente d’une élégance à toute épreuve.
Comme les superstars de la Factory qui mesuraient leur suprématie à l’approbation de quinze personnes dont l’avis comptait plus que les moqueries du reste du monde, Lawrence a traversé dix années de désert Felt en laissant les photographes faire leur travail : capturer sur sa triste mine anémiée la légende indie en train de s’écrire. Persuadé qu’un jour un tel livre existerait, il a tout consigné : la liste de la maigre poignée de groupes amis dans lesquels il retrouvait quelque chose de son exigence de paria (The Fall, Echo, Prefab Sprout, Orange Juice, Pale Fountains), les héros -Scott Walker ou Laura Nylo - qu’il se découvrait; les films fondateurs (Christiane F, Pixote ou Contes de la folie ordinaire) et quelques livres nourrissants ses rêves (tiens, il y a quasiment tout Kerouac, la bio d’Edie Sedgwick, le I’m still the greatest says Johnny Angelo de Nik Cohn). Et puis, forcément, il y a ces étoiles contre qui se mesurer : Nastassja Kinski, Penelope tree, Esther Ofarim - ce genre. Sur la dernière image, il baisse la tête et ferme les yeux. Il tient dans ses mains une édition usée d’un roman de Herbert Gold : The man who was not with it.
Tout est dit, alors.



Felt, First Third édition, London/Paris, 2012

Saturday, 4 February 2012

Birthday



-Il parait que DinD aura trois ans ce week-end...?
-Fais pas chier, tu veux?

pix: Tom Wood, Miss New Brighton Knockouts 1979

Friday, 3 February 2012

William S. Burroughs , Le Temps des Assassins, 2011

"Dans ces autres professions, vous pouvez toujours faire semblant. Par contre, si vous écrivez sans y croire, vous ne produirez que de la merde. Le métier a beaucoup d'inconvénients ? Bien sûr, vous pouvez sortir d'une villa aux Bahamas en chevauchant un requin blanc ou vous pouvez passer vingt ans à écrire Le Grand Livre que personne ne pourra lire. James Joyce a écrit quelques unes des meilleures pages de prose en littérature - Les Morts, Les Gens de Dublin - mais pouvait-il en rester là et se cantonner à des histoires délicieuses à propos des Catholiques irlandais malheureux ? Si ça avait été le cas, le monde l'aurait récompensé en lui accordant le prix Nobel. Maintenant personne n'a jamais dit à un docteur : "Ecoute, toubib, tes opérations du cul sont vraiment extra, beaucoup de tantouzes te sont reconnaissantes de pouvoir continuer à se faire enculer mais faudrait qu'tu trouves quelque chose de nouveau" -. Naturellement, il n'a pas à trouver quelque chose. C'est toujours le même bon vieux cul. Mais un écrivain doit produire du neuf, ou il doit standardiser son produit - l'un ou l'autre. Ainsi je pourrais standardiser le produit Peter Pan-Pédé-Garçon Sauvage, et en sortir un tous les ans comme la série des Tarzan ; ou bien je pourrais écrire un Finnegans Wake. Aussi, j'ai cette idée au sujet d'un privé et des Cités de la nuit rouge. Quien sabe ?" (pages 13 et 14)




William S. Burroughs, Le Temps des Assassins, Mona Lisait, Books Factory Collection, 2011

Wednesday, 1 February 2012

Abécédaire Gilles Deleuze. R comme Résistance


En 1988, le philosophe Gilles Deleuze, resté volontairement dans l'ombre des médias, accepte l'idée d'un enregistrement fleuve pour la télévision, à condition qu'il ne soit diffusé qu'à titre posthume. L'entretien mené par Claire Parnet, ancienne élève et amie, prend la forme d'un Abécédaire. S'il connaissait à l'avance les titres des séquences, Deleuze ignorait le contenu même des questions.
Dans l'intimité de l'appartement du philosophe, place Clichy, l'échange tourne à l'improvisation mi-socratique mi-écheveulée. Deleuze tisse une toile sur laquelle viennent aussi bien s'accrocher ses concepts, ses idées, ses goûts personnels sur la culture...
Film testament du philosophe, l'Abécédaire est l'expérience d'une pensée à l'oeuvre. Cette parole qui fit dire à Michel Foucault : "Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien".

Abécédaire de Gilles Deleuze, film d'entretiens avec Claire Parnet, Editions Montparnasse 2004.(Durée : 8h)

Monday, 30 January 2012

Archive of Modern Conflict: The Corinthians, 2009 + Soviet Beauty Queens, 2011

Archive of Modern Conflict… Certains noms sont dotés d’une puissance abrasive. Ils sonnent bien - bien en bouche, bien sur la langue, bien contre le palais, avant de rejaillir mieux encore, parfaitement acérés, sous la forme de livres de photos à la beauté inquiète. Archive of Modern Conflict est cette maison d’édition basée à Londres dirigée par Ed Jones et Timothy Prus, deux type que l’on décrit systématiquement comme mystérieux, laconiques (ils l’ont encore prouvé récemment en répondant du bout des lèvres aux questions du blog photo-eye).
On sait d’eux ce que l’on doit savoir : qu’on leur doit des livres rares et beaux (deux adjectifs qui sont ici en passe de devenir des synonymes - doit-on s'en plaindre ou s'en réjouir?) comme ceux toujours étrange et, de plus en plus liquides de Stephen Gill, ou encore The World from my front porch, un bel album où le photojournaliste Larry Towell mettait en perspective ses images de guerre avec les photos de sa ferme, de sa femme, de ses gosses, reproduisait des pages du cahier de chansons que tenait son père, et photographiait sous forme de séries la somme des petits objets étranges q’il se surprend à ramener à chaque fois du front : ainsi, de Gaza des poignées de portes et des clés de maisons détruites par Tsahal.


On sait surtout, depuis deux ou trois ans qu’Archive of Modern Confict sait mieux que quiconque sur cette planète présenter, éditer, mettre en séquence de façon extraordinaire tout un pan méprisé de la photographie : photographie vernaculaire, photos de famille trouvées sur les marchés aux puces, photographies anonymes et délaissées, jetées, froissées, finissant leur course dans les marchés aux puces, quand ce n’est pas dans le caniveau. Used photography. Photos usées jusqu’à la corde, mais sans prétention artistique, Innocentes alors ?
Jusque là, ce sont surtout l’allemand Joachim Schmid et le hollandais Erik Kessels (Bazooka devrait en reparler ici bientôt) qui ont fait le travail d’interroger l’innocence supposée de ces photos « déjà-là ».
Jusqu’à ce qu’en 2007, AMC publie Nein, Onkel (347 photographies inédites -et dérangeantes- des troupes nazis déconnant au quotidien… prix 2008 du livre de photo historique aux rencontres d’Arles). Premier uppercut. Mais c’est en mai 2009 qu’Archive of Modern Conflict trouera le ciel de l’édition avec The Corinthians, une série d’incroyables kodachromes retraçant l’Amérique. Laquelle ? celle de la banalité rayonnante des sixties. Le livre tirait son fil rouge (complètement arbitraire, donc jouissif) d’un épître du Nouveau testament, où Paul rappelait aux corinthiens que Dieu saura, au jour venu, se montrer clément envers ceux qui l’ont aimé, donc servi. S’en suivaient des pages et des pages d’un bonheur sournois, où l’on pouvait voir des types frappés de coups de soleil kodachromiches (la peau rouge sang) faire cuire des entrecôtes sur des barbecues pendant que leurs filles faisaient cuire leur jambe sous le soleil joyeux de la Californie. L’hiver, c’étaient les arbres de noël, la chasse aux élans, les chiens… Tout ça sans l’ombre d’un doute, jusqu’au soir où on a marché sur la Lune, et quelque chose alors de la croyance totale en Dieu s’est rompu à jamais. Tout à coup, le ciel était vide.
Histoire de pousser l’épatant de la chose plus loin encore, le livre était désigné lui-même tel un kodachrome : ses épaisses pages enserrées dans un carton blanc bordé rouge, évidé à l’intérieur pour laisser paraître l’image.


Cette année, Archives of Modern Conflict s’est associé avec Dashwood (la meilleure libraire à New York en ce qui concerne les livres de photos, on en avait déjà parlé ici) pour éditer à 500 exemplaires seulement Soviet Beauty Queens, un livre qui cache ses obsessions fétichistes sous une excuse historique de taille : les concours de beauté étaient, du temps du règne communisme, bannis d’URSS. Ils ont fait leur apparition vers 1988, et sont devenus instamment le symbole de la perestroïka. La Pravda condamnait, Eltsine laissait faire. Et les filles de se presser en masse aux titres de Miss pour savoir laquelle serait la plus belle (en body). Beaucoup ressemblaient à Kim Wilde, ou à Debbie Harry (ou à Kim Wilde tentant désespérément d’imiter Debbie, vous croyez que je ne vous entends pas derrière, les méchantes ?). A Leningrad (désormais St Petersbourg), une école s’était même montée pour apprendre à ces beautés slaves à devenir reines des podiums. Toutes les photos de Soviet Beauty Queens proviennent des archives de cette école, les albums des années 88-89-90. En feuilletant cette série de portraits de reines de beauté séquencée avec un art de la double page qui frôle l’indécence, un ami s’est d’abord écrit « Mon Dieu, qu’est-ce qu’elles ont l’air malheureuse»… avant d’admettre que cette tristesse vague les rendait plus sexy encore…
...Tu disais : un conflit moderne?



The Corinthians, Archive of Modern Conflict, London, 2009
Soviet beauty Queens, Archive of Modern Conflict/Dashwood, New York, 2011


le site d'AMC
le site de Dashwood Books

Thursday, 26 January 2012

Willem - Complet ! La revue de presse de Charlie Hebdo 1969-1981 - Les Humanoïdes Associés 1983

Dernier jeudi de janvier : le Libé tout en BD. Depuis plus de vingt ans (j’ai commencé au lycée), c’est le Libé que je ne rate jamais. Celui où, sur les huit pages du cahier Livres, il n’est question que de petits mickeys (comme on disait dans les années 1970), de toutes les nationalités, de tous les formats, et, il y a 20 ans, ce n’était pas banal dans la presse non spécialisée. Depuis, Edika est dans Beaux-Arts Magazine, Schlingo a sa biographie, et Moebius est à la Fondation Cartier.

Ce n’est donc plus pour cela que le Libé tout en BD me ravit encore chaque année : c’est parce que j’y retrouve la rubrique Images de Willem, disparue du journal depuis de trop nombreuses années. Cette rubrique dont la lecture dans le métro, lorsqu’elle paraissait, était toujours scabreuse, vous exposant aux regards surpris de vos voisins devant l’intérêt que vous portiez à ces images en noir et blanc de nazis à moitié nus, de bonnes soeurs phallophages, de cadavres photocopiés dont Willem aimait à illustrer ses chroniques manuscrites, en fonction des sorties de la semaine (mais, d’autres jours, cela pouvait être aussi une bien innocente vignette de Popeye ou du Yellow Kid de Winsor McCay). Cette rubrique qui n’était que la résurrection déguisée de la Revue de Presse que l’ex-Provo Willem a tenue de 1969 à 1981 dans Charlie Hebdo, et dont la totalité des épisodes est reprise dans ce recueil merveilleux publié en 1983 par les Humanoïdes Associés.

Merveilleux ? Oui, parce que ce livre de 300 pages est probablement le plus... complet, oui, c’est le mot, sur une décennie efflorescente, baroque, et graphiquement exceptionnelle, qui commence sur les Zap Comix de Crumb et les cartes de voeux des Black Panthers (deux lascars des inner cities : « So what do you want for Christmas ? » « A machine-gun shotgun, a box of hand grenades, a box of dynamite and a box of matches ») et qui se termine sur Yves Chaland et les premiers épisodes du Maus de Spiegelman, après être passée par Bazooka, La déviation de Gir, Richard Corben, Ranxerox de Liberatore et Tamburini... il n’y a qu’à prendre l’index (dont les références ne sont pas toujours justes, ce qui ajoute à l’aspect labyrinthique de l’ouvrage) n’importe où, et lire ce qu’on y trouve dans l’ordre alphabétique. Ainsi à la lettre H : Hergé (5 entrées), Hermann (1 entrée), Hermano Lobo (3 entrées, un hebdo satirique espagnol disparu en 1976), Hesse (Herman) (1 entrée), Histoire de la Grandache (1 entrée, il s’agit en fait de L’histoire de la grande vache de l’auteur anglais Hunt Emerson !), Histoire de Mr. Snoid (Les) (1 entrée), Historia (1 entrée), History of Comics (The) (1 entrée), Hitler (2 entrées, dont une pour parler de Yves Frémion quand il n’était pas encore élu politique, mais juste ludion de fanzine de bande dessinée), Hockney (David) (5 entrées)...

Et tout cela, toute cette avalanche d’images, de tracts, de luttes, de provocations, de détestations (sa tête de Turc Al Capp, le très réac auteur de la bande plouco-nixonienne Lil’Abner...) est enrobé dans son style approximatif de néo-francophone (qui s’améliore avec les années, l’homme n’est pas un poseur de la faute de français), ce qui donne des choses comme ça, début 1971 : « A cause des impôts les Rolling Stones cherchent maintenant des maisons (pour y habiter) en France (le Sud) ». C’est Exile on Main Street qu’il annonce... et tout est comme cela ; Willem a chroniqué tous les départs de feu, toutes les germinations spontanées, tous les premiers pas maladroits (ou pas) des futurs héros de l’époque, avec un nez incroyable, et un humour grinçant qui rappelle que l’un de ses meilleurs amis fut Roland Topor (17 entrées). Il y a là-dedans de quoi peupler bien des rêves de bibliophiles subculturels pour plusieurs dizaines d’années...

Quel éditeur nous donnera le même recueil de ses Images données à Libération ?

Tuesday, 10 January 2012

Quote


"C'est une drôle de chose que la vie -ce mystérieux arrangement d'une logique sans merci pour un dessein futile. Le plus qu'on puisse en espérer, c'est quelque connaissance de soi-même - qui arrive trop tard - une moisson de regrets inextinguibles."
Joseph Conrad.

Pix : Mariken Wessels

Monday, 9 January 2012

Christian Patterson, Redhead Peckerwood, 2011

Un vieil exemplaire défraîchi d’un magazine pour hommes. Les pages centrales ont été roulées pour mieux montrer une autre photo, en noir et blanc, sur laquelle on distingue en partie un garçon coiffé à la James Dean et une moitié de fille qui ne ressemble à personne. Ceux qui ont déjà contemplé avec patience la couverture du second livre de photo de Christian Patterson ont reconnu les deux figures humaines qui surgissent au bout d’un moment parmi les taches de gris, comme une grenouille après un test de Rorschach. La fille s’appelait Caril Ann Fugate. Lui, Charles Starkweathers. En 1958, comme pour mieux mettre en scène leur postérité, ils ont laissé un mot, écrit à la main, adressé aux policiers qui les chassaient à travers le Nebraska depuis une semaine: «So far we have kill 7 persons» La confession était détaillée sur trois pages. En 1973, dans le premier film de Terrence Malick, Caril Ann sera rebaptisée Holly Sargis et son boyfriend Kit Carruthers. Sissy Spacek et Martin Sheen. Badlands s’inspirait de la balade sauvage de Caril Ann & Charlie. Dans Badlands, Charlie ne laissait pas des lettres mais des vinyls pressés à exemplaire unique – les mêmes sur lesquels Presley chantait pour sa petite môman.Quarante ans plus tard, Redhead Peckerwood chante la balade électrique de Caril Ann & Charlie, ou celle, sauvage, de Kit & Holly. Thieves like us.

Et si dans Badlands déjà, Malick opérait une fétichisation des signes que Spacek et Sheen portaient en blason, Christian Patterson (39 ans) ramasse quarante ans plus tard les reliques de son obsession. Tous les objets sont là, mais en pièces détachées : une carte du Nebraska, une balle de 22 long rifles, des photos de pin-up punaisées au mur, trois pièges à souris, deux ampoules brisées, un matelas souillé, du papier peint fleuri et des taches vertes d’antigel sur la neige. Les éclats fuschias du soleil parmi les épis de blé. Trois fermes brûlées et des « surrender clouds » (des cumulus de capitulation ?) couleur lit de vin. La vitre d’un dinner sur laquelle on a écrit No gun No fighting No food or drinks No alcohol No tabbaco No smoking. Une bande de papier tue-mouches et un manteau de fourrure jaunie, attrape mites. Et puis la paire de santiags bleues et blanches que portaient Charlie, les mêmes que celles que portaient Kit dans le film. Tout ça formant au fur et à mesure les salles d’un musée redneck, et son inévitable ode aux petites villes : «So i like to live in a little town/i care no more to roam./For every house in a little town/is more than a house, it’s home. »
Tout ça a l’air arbitraire, mais non : une sorte d’assurance dans les enchaînements indique immédiatement que Patterson sait où il va, et que rien du livre n’a été ordonné au hasard.
Le sens n’apparaîtra qu’à la fin, quand une série d’actions (onze meurtres !) viendra s’écrire dessus. Ce livre roule en marche arrière.
Il faut bien traverser cent pages dans Redhead Peckerwood avant de croiser un premier visage humain. Celui d’une gamine qui, sur un vieux photomaton d’archive, fait la grimace. Caril Ann Fugate avait quatorze ans quand son fiancé Charlie a tué son père parce qu’il refusait qu’elle sorte avec lui. La vraie Caril Ann avait, c’est possible, plus de chien que Sissy Spaceck, une morgue plus cinquante, plus de poitrine, les cheveux en coque, une moue. Et un regard définitivement évadé. Dans la photo d’elle que reproduit le livre, elle est emmenée à son procès, elle est belle comme Peggy Sue allant au bal. Page de droite, une dépêche de presse d’époque la condamne à la prison à vie. Il suffit, à la page suivante, de voir la photo de la nuque de Charlie pour comprendre que pour lui ce sera la chaise. Il n’avait pas 21 ans. Une dernière photo montre une bande de mecs, bien dans l’époque, qui avancent dans la nuit : «Let’s all go out and get a steack».
Pour ainsi dire, le grand livre américain (de photos, mais pas seulement) de l’année.

PS: Histoire d’enfoncer le clou, Christian Patterson a demandé un texte (merveilleuse maquetté dans un tiré à part ronéotypé) à Luc Sante ; Ici, on tient Luc Sante pour un génie. Il y a des livres comme ça qui semble avoir été fait spécifiquement pour vous…

«To go on the run is to chase the dragon of that vaguely envisioned other life, in full knowledge of the futility of the effort and the inevitability of the end. Since the formula stirs together three of the most combustible elements in american life – sex, speed and ballistics – you simply have to accept that you will explode along the way. »
Luc Sante



Christian Patterson, Redhead Peckerwood, MACK, London, novembre 2011

Jean Seberg, Lettre d'amour aux camés, 1978


Même si elle ne fait plus mystère, la mort que s’est infligée Jean Seberg a été mal élucidée par l’enquête qui a suivi la découverte de son corps. Le 9 septembre 1979, dix jours après son décès supposé, l’actrice était retrouvée, sur le siège arrière de sa voiture, garée près de son domicile, dans une petite rue du XVIe à Paris. Le 30 août, sa disparition était signalée après plusieurs tentatives de suicides. Dix-huit mois plus tôt, Jean Seberg envoyait à Libération une lettre confuse et belle, qui cherche à gifler les consciences de ses frères et sœurs d’infortune : les camés. Une lettre où elle voudrait tordre ensemble l’amour et la haine de la drogue, démythifier le prestige d’un alibi artistique dont l’époque enrobe sa consommation et exiger que l’on cesse de réprimer ceux que le langage courant n’appelait pas encore toxicos. Un an plus tard, Romain Gary, son ex-mari et grand amour, se suicidera lui aussi.
Olivier Séguret, Libération, 17 septembre 2011


Lettre d’amour aux camés
(Lettre addressee à Libération en Février 1978, et publié par Libération au lendemain de la découverte de sa mort, le 10 septembre 1979)


"Salut les cons, les voyous, les roadies, et les blues jeans Renoma : je suis de passage et j’ai deux ou trois trucs à vous dire, comme ça. De quoi je me mêle ? De vous tous et de milliers d’autres. Une gueule est faite pour parler et une machine pour taper, et un être humain pour - comme disait le plus grand planeur de tous les temps - «aimer son prochain». Voilà. Le shérif est en ville, et il va tirer. Et rien à foutre. Et un peu partout. Salut les reines des restes : restes de vous - même avec vos bébés nés en manque car vous étiez trop lâches pour avouer au toubib que vous étiez toxicos enceintes. Le môme pleure dans le coin, le linge sale et le ventre vide : pas de Nesquik pour lui, pas assez de blé. Juste assez pour que maman achète sa poudre. Juste assez pour qu’elle baise n’importe qui, n’importe comment pour avoir de quoi retrouver son dealer, sous une porte cochère. Vite. Vite. Il neige sur Paris… pied ! Rare ! Rien à en foutre, on veut de la neige dans nos veines. On espère qu’entre-temps le même n’a pas renversé ce qui traînait de Mari sur le canapé sale, à côté du dernier Mandrax. Fixette. Vite. Aiguille sale ? Hépatite ? Rien à foutre. San Sebastian de la Blanche, c’est pas notre faute. La société nous a fait comme ça. Mon vieux est un con. Maman n’a rien compris. Leila m’a laissé pour une autre. Tralala là et chiale, chiale. Chier, faites chier. Tous. Salut mes loulous, mes rouleurs de mes deux, kamikaze de la Harley, mes bras restent. C’est bien ? Tu es cool. Cool. Je sais. Si cool que tu peux plus réchauffer les pieds de ta bonne femme. Ecroulés côte à côte - hmmm, hmmm, pied - et si on essayait de baiser ? Blff.
Tellement mieux le flash, tellement mieux. Sales cons minables, vous osez vous défoncer en écoutant Dylan et Lay, Lady Lay. Vous êtes obscènes. Lui, il a ses emmerdes aussi, il doit vivre avec son génie - chose jamais facile, demande à Baudelaire, demande à Garrel, demande à Romain Gary et demande à Eustache - avec ses problèmes conjugaux. Et il bosse, le mec. Il est sur pied tous les jours, pour chanter Hurricane Carter pour vous. Vous êtes obscènes. (Putain, elle nous emmerde, mettons sa lettre dans les chiottes). Rien à foutre. Elle est vraiment trop square). D’accord, j’ai rien dit. Mais j’ai quand même envie de causer encore. Vous me casseriez la gueule ? Essaie donc : Pierrot mon Loulou élu viendra te saluer. Certains amis au teint basané me trouvent assez sympathique. Vous vous défoncez avec Sonny Criss ? Je vous l’interdis.
Interdis. C’était mon copain, et il essayait avec moi de vous décrocher. Et il jouait presque aussi bien que Yardbird Parker qui, sur son lit de mort, suppliait les jeunes musiciens de le croire quand il disait que son génie ne venait pas du cheval. Ça venait de son génie et de ses efforts au-delà du possible. Point c’est tout. Il travaillait. Ça s’apprend le sax. Tu te shootes avec Miles ? Ça se travaille la trompette. Des heures et des années chaque jour. Paul Desmond vous branche ? Moi aussi. Il fumait même pas les joints (à propos, puisque vous êtes tous si together, savez-vous qu’il vient de mourir avant la cinquantaine… de cancer ?). Et il est sublime Mick Jagger. Et Keith peut-être plus. Et ils se donnent à ne plus en finir pour vous. Et gracias, de nada, vous restez contre le mur avec le garrot, trop défoncé pour l’enlever.
Et Bobby Marley ? Qui ne l’aime pas ? Et il fait de la musique et de la politique, et il risque sa vie. Sniffette, sniffette. Et n’écoutez plus, je vous en prie, mon ami Memphis Slim. On est cool, huh ? (Elle peut pas la fermer celle-là. Pour qui elle se prend ? Pour une girl-scout ?). Et Hakim Jamal ?, cousin de Malcom X, ex-toxico, taulard, Muslim noir, plus bel homme qui a jamais marché sur la terre : il est mort mon Jamal - huit balles dans le ventre. Trois junkies revenus du Vietnam l’ont fait. Vietnam. OK (circonstance atténuante), mais vous m’avez tué Jamal. Oh, t’en fais pas, je fais pas du racisme à l’envers. J’ai connu des salauds et des minables, des crados et des paresseux de toutes les couleurs.
Bon, basta. J’arrête. Je fume une sèche, je bois une bière. Et je plane. Avec Count Basie, The Count. Je vais prendre un bain et mettre des pétales de rose dedans. Je la boucle, vous me fatiguez trop. Juste, une dernière chose, les copains, André Malraux, connais ? Moi, si. Assez bien. Et de toute sa vie, il a fumé trois boulettes d’opium, juste pour décrire le vieux Gisors. Trois. OK ? Salut les vauriens. Bacci. The Count joue Two for the blues et ça plane sec ! Navré pour la sèche, Madame Weil… Personne n’est parfait, n’est-ce pas ?
Quinze minutes.
Me revoilà ! Caftan, encens, parfum. The Count joue Jump for Johnny et je laisse tranquille mes camés avec leur overdose : qu’ils crèvent dans leurs vomis. […] Et je m’adresse maintenant aux poulets. Calmement. Je sais que vous faites un métier aliénant. Je sais que vous en avez marre. Mais ce n’est pas une raison pour terroriser Garrel et sa belle dame et tous les autres. […] Ne frappez plus mes potes qui essaient douloureusement de sortir de leur désespoir. Tenez-vous bien, je vous en prie. Vous savez mieux que moi où est la came, vous savez qui la fabrique, d’où elle vient, et qui en profite. Soyez des gardiens de la paix : DE LA PAIX. C’est noble. […] Bref, n’oubliez pas votre premier catéchisme. «Aime ton prochain comme toi-même !» Donc tenue et calme et aimez-vous les uns les autres. Chacun de nous chante ses blues. Merci.
PS : Je sais que je vais trop loin, mais je n’aime pas à oublier cette phrase d’André Malraux : «Faire connaître aux hommes la grandeur qu’ils ignorent en eux.» Salut."
Jean Seberg

Saturday, 31 December 2011

Pornochio's 2011 fave photobooks

Huit japonais, deux portugais, un polonais errant dans Amsterdam, une hollandaise, un norvégien, un napolitain, trois américains et un manifeste : il y a des années comme ça où l’on pourrait presque ne parler que de livres de photos. 2011 aura été cette année-là, pour moi…

Valerio Spada : Gomorrah Girl (Cross éditions) Premier livre d'un jeune italien surtout connu jusqu'ici pour ses photos de mode, Gomorrah Girl part du meurtre d'une adolescente pour réussir à montrer toute l'adolescence italienne. La rumeur veut que sa nomination dans la short list été 2011 de Martin Parr ait épuisé en quelques jours ce livre sorti en mars. Pour une fois Believe the hype: ce livre vaut avant tout pour la qualité et l'intensité de son immersion dans le quartier le plus violent de Naples. Le résultat impressionne autant par sa mise en page (secrète) que par son approche documentaire, dépourvue de sensationnalisme. Où l'on s'aperçoit aussi que les deux "tubes" de l'année (ce livre-ci et le Redhead Peckerwood de Christian Patterson) partent l'un comme l'autre d'un fait divers qu'ils déconstruisent tout en épousant un paysage et des codes sociaux inséparables de la violence qu'ils produisent.

Koji Onaka : Umimachi (Super Labo)
Koji Onaka, juste l’un des plus grands photographes japonais vivants, ressort soixante-dix photographies noir et blanc datées du début des années 90 de cinq villes emportées depuis par le Tsunami du 11 mars. Ouvrez ce livre sur n’importe quelle image, et laissez vos larmes monter.

Takuma Nakahira : Magazine Work 1964-1982 (Getsuyôsha)
700 pages, réparties en 65 séries, de Nakahira publiées dans la presse japonaise des années 60 et 70! La contamination Provoke à l’œuvre. Imaginez quelque chose comme sept fois For a language to come. Le génie à hauteur d’overdose. On y revient vite.

Christian Patterson : Redhead Peckerwood (MACK)
Les objets, les ciels et les espaces de l’Amérique redneck. Mythologie américaine en fin de course. Las fans de Badlands apprécieront. On en reparle ici.




José Pedro Cortes : Things here and things still to come (Pierre Von Kleist)
André Principe : I Thought you knew where all of the elephants lie down (Pierre Von Kleist)
Choc en début d’été pour les éditions Pierre Von Kleist, basées à Lisbonne, et tenues de man de maître par deux jeunes photographes José Pedro Cortes et André Principe. Tout ici, le talent, la façon de penser les livres, de les maquetter, est brillant, humble, moralement cohérent. On attendait pour en parler plus longuement que sorte enfin le Things here… de Cortes, sur ses neuf mois passés à Tel Aviv. C’est fait (depuis novembre), ce qui veut dire pour nous un long post (et pourquoi pas une interview ?) dans les semaines qui arrivent. (ps: sublime aussi, le White Noise d'Antonio Julio Duarte, sur les casinos de Macao, également sorti chez Pierre Von Kleist en novembre)


Seiji Kumagai : Spring 2011 (autoproduit)
Je dois la découverte de ce petit livre mince, mais si grand, à Laurence Vecten, du blog oneyearofbooks, qui le proposait dans son stand magique durant off print. Les couleurs belles mais pourtant malades d’un printemps 2011, au Japon.



Manifeste « From here on » + Mishka Henner : No man’s land (Blurb)
Le manifeste arlésien de Parr, Cheroux, Fontcuberta, Kessels, Schmid a incontestablement marqué l’année. Constatation faites qu'un an après sa parution, l’hallucinant ANAP de Doug Rickard (200 ex only) a provoqué une révolution de palais sans précédent dans l’histoire de la pratique photographique. Ici, la théorie lui emboîte le pas. Pas que la théorie d’ailleurs, puisque d’autres photographes, Mishka Henner en tête, se perdent (joliment) le long des trottoirs de google street view…


Alec Soth : La Belle dame sans merci (Punctum)
L’ami Crocnique n’a pas aime ce livre, moi si, mais de façon imprévue, Soth n’ayant jamais été jusque là en haut de ma wish list. Par ailleurs, un des livres les plus rares de l’année, quasi instantanément épuisé.


Keizo Kitajima, : Photo Express : Tokyo
Magnifique reproduction en fac-similé (à la faveur d’une belle saison japonaise au BAL) des deux premiers volumes du magazine produits chaque mois de l’année 1979 par Kitajima lorsqu’il vivait pour ainsi dire dans la galerie CAMP à Tokyo. On attend avec impatience les dix autres. Pour la saturation pop des noirs et blanc, entre autres choses…



Kazuki Watanabe : Porktraits (Shi No Go)
J’aime les livres cochons. Je ne pensais pas aimer un jour un livre uniquement sur les cochons. Groin.



Bertien Van Manen: Let's sit down before we go (Mack)
Le climat de froid n'enlève en rien à la sensualité de ces images prises entre 1991 et aujourd'hui en Russie, Ukraine, Georgie. L'éditing et la mise en séquence sont de Stephen Gill. Pur bijou. (MACK a fait très fort cet automne, entre le Christian Patterson et ce livre-ci. Best editor in London, so far...)



OsamuKanemura: Stravinsky Overdrive (Super Labo)
Sorti fin 2010, on triche un peu, à 500 ex (ha ils savent comment nous tenir) d’un tout petit livre d’Osamu Kanemura qui une fois encore regarde l’architecture du Japon comme s’il s’agissait d’une toile saturée de Jackson Pollock. Si vous le découvrez à peine, essayez, par tous les moyens, de trouver son My name is shockhammer paru, en grand format, chez Osiris en 2008.


Adam Etmanski : Like a kife cutting an apple (autoproduit)
Photographie anonyme, photographie vernaculaire, tout ceci est dans l’air aujourd’hui. Mais peu savent construire avec cela quelque chose qui possède la violence viscérale d’Adam Etmanski. Ce livre, coupant, recouvert au papier de verre, lui ressemble. Humainement, ce fut aussi une des plus belles rencontres de cette année. Quelques exemplaires au BAL, à Paris (where else ?).

Nobuyoshi Araki : Theater of love (Taka Ishii)
Araki, en 2011, vraiment ? On se calme. En 1965, Araki a vingt-cinq ans et travaille pour une agence de pub. La nuit, il fait des tirages en douce de ses travaux persos. En 2010, lors d’un rangement, il retombe sur une boite Fuji contenant 120 photos de cette époque restées inédites. Toutes à couper le souffle, toutes humaines. A mon sens, presque son livre le plus beau, à ranger avec son Sentimental Journey de 1971 : impossible de s’en détacher.

Morten Andersen : Black & Blue (Shadow Lab, 2011)





Oslo intensity. En attendant les deux Antoine d'Agata prévus pour 2012.


Lewis Baltz: Candlestick Point (Steidl) Baltz, de son propre aveu, a toujours rêvé d’être Antonioni. C’est presque fait avec ces photos de la fin des années 80, dans un chantier naval désaffecté des environs de San Francisco.

Kawaguchi Kazuyuki : Only Yesterday (Sokyu- Sha)
Trésor exhumé de la photographie documentaire de la toute fin des années 70. Incisif, fourmillant, et émouvant neuf fois sur dix. Une question (en passant): Pourquoi les japonais savent-ils mieux séquencer un livre de photos que le reste de la planète (je ne vois que les hollandais pour, à la limite, rivaliser) ? Hein, pourquoi ?

Pornochio short list 2011


A quoi sert une liste de dix livres 2011 dans DinD ? A pas grand chose sans doute, sinon à renouer avec le vieux rituel des listes… Voici la mienne.

Mitch Cullin : King County Sheriff (Inculte) ici
Thomas Hairmont : Le Coprophile (POL)
Ryszard Kapuscinski : Le Shah (Champs Flammarion) + D’une guerre l’autre (Flammarion)
Jalal Toufic: le Retrait de la tradition suite au désastre démesuré (Les Prairies ordinaires)
Emmanuel Carrère : Limonov (POL) + Eduard Limonov : Journal d’un raté (Albin Michel)
Gregor Von Rezzori : Une hermine à Tchernopol (Editions de l’Olivier) ici
Luc Sante : Dope(s) (Inculte)
Lucius Shepard : La Vie en temps de guerre (Mnémos)
Jean-Yves Jouhannais, Diane Dufour: Topographies de la guerre (BAL/Steidl)
William S. Burroughs : Blade Runner (a movie) (Tristram) ici
Legs McNeil & Jennifer Osborne : The Other Hollywood (Allia)

Wednesday, 21 December 2011

Quote


« Il tendait maintenant à exiger des plaisirs plus colorés, à éclaboussures de sang. »
Junichirô Tanizaki, le secret, in Le tatouage, éditions Sillage, 2010.

Pix : Nobuyoshi Araki