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-But if you'd rather watch a movie, you're also welcome at
Disorder in Discipline-



Thursday, 24 June 2010

Quote

"Je déchire la lettre. (Quand je viens chez mon père, la première chose que je fais, je recherche mes lettres et je les fous au feu.) Je n'ai jamais aimé écrire. Je n'aime pas laisser des traces de ce que j'écris. Je n'écris jamais ce que je pense. Toutes mes lettres ressemblent aux rapports que j'aurai toujours eu avec mes parents: néant."

Maurice Pialat, Nous ne vieillirons pas ensemble, Galliera, Paris, 1972. p.74.

Monday, 21 June 2010

Sanja Ivekovic, Dvostruki Zivot (Double-Life, 1959-1975), 1975














Trouvé celui-ci la semaine dernière à Berlin (ce qui apporte un démenti cinglant à la rumeur voulant que je sois allé là-bas uniquement pour m’enfermer 76 heures dans un club) au rayon photo de la librairie du Musée de la Photographie, mais ce livre relève davantage d’une catégorie autre : le livre d’artiste. C’est le fac-similé, édité en 2001 et limité à 600 exemplaires, d’un livre plus rare encore, imprimé pour la première fois à Zagreb en 1975 pour l’expo Double-Life de Sanja Ivekovic.
Tout dans le projet Double-Life) est orchestré suivant un système de double page. Sur la page de gauche, une publicité découpée dans la presse féminine, vendant tour à tour des crèmes performances pour la peau, des collants élastiques, des chemisiers « indémodables », une couleur pour les cheveux, un soutien-gorge, des serviettes hygiéniques absorbantes, une soupe en sachet, ou une gamme de vernis à ongle. En contre point, sur la page de droite, des photos noir et blanc montrant l’artiste à divers moment de sa vie : seule, ou avec ses fiancés, à l’atelier ou au téléphone. Dans ces photos privées, amateurs, une sorte de faux hasard a voulu que Sanja Ivekovic retrouve inconsciemment les mêmes attitudes que celles proposées, ou plutôt mise à disposition, par les corps des pages publicitaires. Modèles omniscients qui ont imposé un code, des placements de corps, une façon unilatérale de se montrer amoureuse, mélancolique, en vacance ou à l’œuvre. Cette association contre-nature entre la vie intime et l’espace publicitaire est ironiquement sous-titrée Document for autobiography. Comme si ces photos de choses à vendre racontaient déjà nos vies, documentaient nos souvenirs avec autant de vérité (et plus de professionnalisme encore) que les photos de nos albums intimes, en avaient déjà fait la retape. La biographie d’une jeune femme à l’ère de la société de consommation en son miroir. Avec à l'horizon, cette hypothèse néo-situ sans doute old school mais toujours angoissante: si la publicité a déjà vécue nos vies à notre place, nos corps mènent tous donc une double-vie. La vie vécue n'est plus jamais qu'une lointaine et maladroite photocopie de la vie marchande. Notre existence, à laquelle pourtant on croyait un peu, n'a peut-être jamais été que la parodie d'une photo parue dans Marie-Claire ou dans Grazia.













Sanja Ivekovic, Double-Life 1959-1975, Sabine Breitwieser/Générali Foundation, Vienne, 2001

Monday, 31 May 2010

R.I.P. Louise Bourgeois (25 décembre 1911 - 31 mai 2010)


















Sniff, Louise ne sifflotera plus...

«Au départ, mon travail c’est la peur de la chute. Par la suite c’est devenu l’art de la chute. Comment tomber sans se faire mal. Puis l’art d’être ici, en ce lieu. »
(Louise Bourgeois, catalogue de l’exposition Tate Modern/Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, édition française, 2008, sous la direction de Marie-Laure Bernadac et Jonas Storsve)

Audio:
Louise Bourgeois (w/th Ramuncho Matta) - Otte (1995)

Wednesday, 26 May 2010

Didier Lestrade, Chroniques du dance floor, 1988-1999













J’ai acheté ce livre il y a à peine cinq minutes, et déjà je me sens bien. Chroniques du dance floor rassemble des papiers que Didier Lestrade publia sur une décennie (1988-1999) dans Libé. Il y a un mois, à la faveur de travaux chez moi, j’ai trié quatorze ans d’archives : livres, vhs, journaux, magazines. J’ai jeté sans regret la moitié des Libé, ça m’a pris quatre jours entiers mais c’est un temps relativement court en regard de la psychanalyse que ça représente. J’ai vu une décennie et demie défiler. Dans une pochette, il y avait, découpées à la main, les manchettes « House » de Lestrade qui paraissaient un jeudi sur deux (elles s’appelaient tout d’abord disco, à la toute fin des années 80... il fallait vraiment être Lestrade pour tenir à ce titre juste). Hors de question de les jetter, celles-là. Je me suis aussitôt assis par terre et j'ai commencé par relire cette critique où, parlant du premier Motorbass, Didier disait qu’il aurait voulu être leur walkman pour pouvoir entendre toute cette musique surnaturelle que Zdar et De Crecy écoutaient. Puis cette chronique du This time de Chantée Moore où il décrivait « un physique à vous faire changer d’orientation sexuelle ». Ou encore celle-ci, vers 90/91, où il raconta comment, un jeudi soir, alors que Garnier venait de jouer pour la première fois Acid Eifel, les danseurs du Rex se sont arrêtés pour applaudir. J’habitais loin de tout ça, je n’avais jamais écouté rien d'autre que du rock, mais ça m’a semblé un petit peu pour moi (il a fallu quand même que je me décoince de pas mal de mes a–prioris sur le bon goût en musique… le « bon goût »!!!… mon dieu !!). Lestrade nous montrait qu’on pouvait écrire avec émotion, et ses articles nous apprenaient à danser. I mean, il suffisait de le lire et on savait instantanément comment se comporter sur un dance floor. Par exemple, ne pas quitter la piste parce que le dj décide de passer « de la techno avec des voix », dire des bêtises mais avec élégance, s’énerver pour les bonnes raisons, reconnaître (un truc disco d’un truc garage), aimer, pleurer, embrasser, ou juste apprécier danser à coté de quelqu'un… et tout un tas d’autres trucs qui rendirent immensément heureux tout ceux qui voulurent bien s’abandonner à la house music - cette musique que ceux en qui on avait jusqu’ici confiance (les Inrocks) nous décrivaient comme débile, débilitante, pas possible.
Chroniques du dance floor... le titre est heureux. C’est précisément là que ça se passe - le centre du monde et celui de l'écriture de Lestrade. C’est pourquoi ces chroniques restent si irrésistibles, si drôles. Et habillées d’une écriture de folle aussi intense. C’est pourquoi il vaut mieux encore lire ça chez soi ce soir plutôt que de rejoindre n'importe quelle soirée remplie de boulets. Vous avez désormais le choix. Vous savez, quand les gens lisaient ça collectivement, tous les jeudis matins, les soirées étaient mieux. Je ne peux pas m’empêcher d’y voir un rapport de cause à effet.
Pourquoi lire en 2010 des chroniques de maxis introuvables et qui n’intéressent (sans doute) plus personne? Pour les mêmes raisons qu’il était vital de les lire en 1993 même si on avait jamais mis les pieds dans un club digne de ce nom (je veux dire : pas une boite du sud), même si on était incapable de distinguer à l’oreille Detroit de Chicago, même si, en bons hétéros, on ne savait du SIDA que des trucs de prévention mais rien sur la demande d’espoir de ceux qui vivaient l’épidémie comme un camp de mine. On lisait ça (1250 signes hebdo, un coin de page), et on se préparait à quelque chose d’aussi grandiose que l’exagération avec laquelle Didier la décrivait. Le pire, c’est que cette chose-là (la France comme House nation) a plus ou moins fini par avoir lieue (et dans des proportions qui nous ont vite gonflées) et ces cons-là ont viré Didier au moment précis où l’histoire montrait que ces années durant, passées à décrire à douze folles ecstasiées une vibration qui partait de New York pour arriver à son propre corps, il avait eu infiniment raison.



«Ces chroniques étaient plus joyeuses, car j’étais plus jeune. Il est évident qu’on ne regarde pas la musique de la même manière à 50 ans. J’avais 30 ans, alors, ce qui veut dire que je cultivais à travers cette musique une idée du bonheur. Le SIDA était déjà dans ma vie personnelle ; l’amour de ma vie est décédé en 1992 et ces chroniques sont en plein dedans. Mais la house était une promesse d’espérance et je cherchais à me concentrer sur ce que cette musique pouvait nous apporter, en tant qu’individus dans la société. Je voulais faire connaître cette musique et insister sur ce qui n’avait pas été fait en France sur la soul, le punk, la disco ou la Hi-NRG : expliquer pourquoi ces musiques avaient une signification sexuelle, identitaire et intime.» (in avant propos inédit)

Didier Lestrade, Chroniques du dance floor (Libération 1988-1999), L’éditeur singulier, Paris, 2010

Saturday, 24 April 2010

Quote

"Les Buzzcocks et Linder étaient assez soudés, très sympathiques, mais ils étaient plus vieux que moi et ils avaient légèrement l’air de faire partie de l’ancienne génération – ils aimaient Van Der Graaf Generator et Captain Beefheart, des trucs que je n’ai jamais compris et qui n’étaient pas académiques. Le seul album de prog rock que j’ai acheté de toute ma vie, c’est Second Album de Curved Hair, que j’adore encore aujourd’hui. Howard Devoto écoutait Iggy, mais j’avais l’impression que, sans le punk, il serait devenu professeur de sciences. Les Buzzcocks s’habillaient comme des maîtres d’écoles des années soixante, et ça leur donnait un côté pervers aux yeux des jeunes des années soixante-dix. Il n’y avait aucun endroit où s’acheter des vêtements à Manchester. Tout ce qu’il restait à faire, c’était d’inventer son propre look bizarre, comme The Fall un peu plus tard. Ils avaient ce côté gamin-des-rues-rescapé-de-la-seconde-guerre-mondiale.
Vers 1979, beaucoup de gamins de Manchester se teignaient les cheveux en gris. C’était génial, surtout dans un environnement sinistre et industriel. Je préférais ça au chic de Vivienne Westwood. Ça, c’était l’uniforme de ceux qui n’avaient rien compris.
Les Clash étaient là aussi pendant la balance. Mick Jones est venu vers moi et m’a demandé si j’étais… Morrissey. J’ai répondu que oui, c’était bien moi… Il avait passé une annonce dans le Melody Maker pour recruter un chanteur pour les Clash. Je lui avais téléphoné, mais ils avaient déjà trouvé quelqu’un… de toute façon, Londres, pour moi, c’était la planète Mars. Il a été très sympa et m’a rappelé une semaine plus tard. A l’Electric Circus, j’ai eu l’impression que les Clash étaient habillés en uniforme de collégiens. J’ai aussi parlé à Johnny Thunders et à Jerry Nolan. Eux n’étaient pas sympas, mais rien ne les obligeait à l’être. Et puis qui j’étais, moi, de toute façon ? Je me demandais juste si tout cela allait m’arriver un jour à moi aussi."

Morrissey in John Robb, Manchester Music City 1976-1996 (T.O.: The north will rise again), p.84-85, RivagesRouge, 2010.

Saturday, 17 April 2010

Richard Price, Les seigneurs, 10/18 (2007, e.o. 1974)


Je me demande comment j’ai pu passer aussi longtemps à côté de ce livre. Cela doit bien faire 15 ans que je tourne autour de Richard Price sans jamais me décider à entrer dans l’un de ses livres. J’ai dû entendre parler de lui pour la première fois à l’occasion du Clockers de Spike Lee. Le film était plutôt raté, mais ses personnages tristes et leur sombre environnement m’avaient à l’époque beaucoup frappé (il y avait également ce monologue anti-Public Enemy au début du film, que Chuck D reprendra en exergue de son premier album solo, quelques années plus tard).

Puis, attiré par son titre, j’ai acheté il y a trois ou quatre ans Ville noire ville blanche, qui a dormi sur les rayonnages de ma bibliothèque jusqu’à cet hiver. Et c’est finalement parce que j’étais en manque de junkies et de désespoir urbain, après en avoir fini avec les cinq saisons de la série The Wire, à laquelle Price a collaboré, que je me suis finalement décidé à ouvrir Ville noire ville blanche. Et c’est dans une sorte d’épisode de The Wire au ralenti que je me suis enfoncé, un cauchemar de dénuement, de détresse humaine, de haine sociale et raciale, et pourtant trempé d’humanité. Jamais je n’ai ressenti de manière aussi physique cette impression de noyade, de lente asphyxie que suscite la grande pauvreté (matérielle ou morale) chez ceux qui la subissent.

C’est donc comme un nageur désespérément à la recherche d’oxygène que je suis sorti de ce livre, et Les seigneurs aura été le bol d’air dont j’avais besoin. Ecrit alors que Price avait 24 ans, le livre suit la trajectoire d’un groupe de jeunes Italiens membres d’une bande du Bronx, les Vagabonds, en 1962, à ce moment-charnière de la vie qu’est la dernière année du lycée. Les Américains appellent « coming-of-age » cette thématique douce-amère de l’entrée dans l’âge adulte qui a donné tant livres et suscité probablement plus encore de films, dont une adaptation assez amorphe du récit de Price par le faiseur Phil Kaufman, en 1979. Malgré une (prude) scène de sexe en ouverture, le film ne rend pas justice à la vivacité et à l’humour d’un livre qui, comme ses héros, ne pense qu’à ça. Et qui, comme ses héros, ne parle que de ça – du pucelage, de la taille et de la forme de la bite, de ce qu’il faut faire avec les filles, quand, comment et jusqu’où (les dialogues sont à pisser de rire, comme si Selby s’était mis à écrire un épisode de Happy Days).

Sauf que, en fait, le livre ne parle pas que de ça. Il parle aussi d’amitié, de mort, de ces chansons qui vous parlent directement, à vous, à travers la radio ; il parle des parents qui ne voient rien, qui ne comprennent rien ou qui s’en foutent ; il parle des communautés qui se croisent, se jaugent et se défient autour des terrains de jeux du Bronx, Asiatiques, Noirs, Irlandais, tous aux marges de l’Amérique WASP. Et il fait vivre en peu de mots toute une galerie de personnages burlesques et tragiques (ce gang d’Irlandais ultra-violents, tous en dessous d’1 mètre 50 ; ce père ex-culturiste, narcissique et abusif ; ces proto-skinheads qui s’enrôlent tous dans l’armée un soir de beuverie). Le tout respire la vie, l’instant crépitant des premières fois, et m’a fait repenser à un livre que j’ai découvert à 13 ans, et qui fut l’une de mes premières lectures vraiment libres d’adolescent : Les Ritals, de Cavanna. Je n’ai jamais rouvert le livre de Cavanna, qui n’est pas un auteur que l’on cite volontiers dans nos listes de lecture, mais les Vagabonds de Richard Price sont un peu les cousins d’Amérique de ses Ritals terrifiés par la chaude-pisse et l’appareil à couper la bite en quatre. Ils n’avaient pas beaucoup plus d’avenir, mais ils avaient un plus beau blouson. Et de la meilleure musique (Dion, The Wanderer, le nom de la bande en VO).

Friday, 26 March 2010

Quote

"And at night, by those same tracks, a man said to me : hey, you know that girl, that movie star with the long blonde twirly hair ?
Nice Tits ? Tell her Mickey’s looking for her.

The man was squatting on the dark concrete, smoking."

William T. Vollmann, Riding toward everywhere, Ecco 2008, New York (p.131)

Thursday, 25 March 2010

Toyohara Yasuhisa, Vanishing Light, 1991-2001

Fascination durable pour les marinas. Les complexes balnéaires. L'architecture en béton armé des studios de location - tentes blanc-cassées & balcons écaillés. Mes vieilles pierres à moi, l’endroit de ma réminiscence. Cette lumière aveuglante passée 11h30 A.M. et ce son de l’air ravalé par les eaux, semblable à un ballon crevé. Le soleil qui ravage tout, les cheveux collés par le sel, et l’iode. Ta serviette est et restera humide, deux filles traînent une démarche de crabe sur le goudron brûlant du parking, tu envies la fatigue sexy de leurs visages assommés par des heures vides à lutter en vain contre l’anesthésie estivale, contre la puanteur plastique des bouées gonflables, le bruit des raquettes. Contre cette odeur de chair cuite et de Taouk graisseux. Ta peau irritée par le pincement des gravillons accolés à la dalle dure sur laquelle tu as choisi de poser ta serviette, tu n’arrives pas à cacher ta tristesse quand à cinq heures du soir la mer remonte par vagues, et que l’ombre gagne sur le sable en redessinant la silhouette d'une roche - l’heure de faire un programme pour ce soir. On rentre? j’ai froid.



(quelques lignes quand même pour vous dire de quoi il retourne dans ce beau livre complètement ignoré. D'abord couve un projet de dingue, comme on les aime: Toyohara Yasuhisa a passé une décennie entière à photographier les japonais à la plage – plages toutes identiques aux nôtres, quoique peuplées de corps qui acceptent encore difficilement de s'exposer à demi nu en public. Mais cette pudeur n’est pas le sujet. Ce qui est saisi ici, c’est la séquence entière d’une journée où il n’y a plus d’actions à proprement parler – à la plage, on ne fait rien – mais des accumulations de mouvements désynchronisés, d’infimes efforts qui se heurtent les uns aux autres et qui ne mènent à rien. Sinon à tenter de s'inscrire dans un espace qui ne nous est plus assigné. Ces corps perdus, chaque photo de Yasuhisa les réinscrit dans un autre cadre (d’une étrange proximité, tel un Garry Winogrand nippon), et sous une lumière lentement déclinante. Qui a grandi avec la Méditerranée en face des yeux refermera ce livre en retenant ses larmes.
On en profitera pour s’interroger: Pourquoi la totalité des photographes occidentaux (je mets à part Claude Nori) se croient-ils obligés de traiter les vacances à la mer sur un ton ironique, sinon émoustillé, quand les asiatiques (et quelques artistes arabes) au cinéma (A Scene at the sea) comme en photographie, ont fait de "l'heure maritime" le sujet d’une mélancolie océanique ?)

Toyohara Yasuhisa, Vanishing Light (1991-2001), Wides Shuppan, Tokyo 2003

Wednesday, 17 March 2010

Quote

"The winter of ‘75 was a particularly cruel season – bitingly cold and bleak, bleak, bleak. I was holed up in an otherwise empty house awaiting demolition somewhere in Islington that Hermine had found to me, God bless her. And there was a heroine famine in the city : I had to spend practically all my waking hours walking around the metropolis in search of a ready source. But the worst of it was music I’d always be hearing wherever I went. One song reigned supreme over Britain’s airwaves at year’s end : Queen’s ‘Bohemian Rhapsody’. Every home in the British seemed to own a copy. Walk down any street and you could hear it wafting out onto the sidewalk like the smell of bad drains. Pub jukeboxes played nothing else. If anyone dared pick another selection, they’d have probably been ejected. The omnipotence of ‘Bohemian Rhapsody’ made it official : prog rock was still the opium of the masses. Hearing it echo around me on daily travels, I felt utterly defeated. Queen’s record shamelessly paraded everything I’d fought against as a rock commentator : it was theatrical, pretentious and meaningless, faux classical music for high-brow poseurs with low-brow attention spans, kitsch masquerading as art. I couldn’t see a way out of it ; I was doomed and so was rock’n roll. Heroin was killing me and Freddie Mercury and his fruity chums had just seen off the later. It was one of those ‘darkest hour befor the dawn’."

Nick Kent, Apathy For the Devil, Faber and Faber, 2010

Thursday, 11 March 2010

Eat the document: Serge Daney-Jean-Luc Godard, 1987 (audio)

Le Godard d'Antoine de Baecque, première biographie en Français sur le cinéaste, sort ces jours-ci chez Grasset. On peut traverser ces 1000 pages breathless, comme d'autres ont traversé le Louvres en 5 minutes, ou les parcourir comme Godard aura parcouru le siècle: en le samplant. On peut aussi lire cette bio plus attentivement, de la même façon qu'on lirait un grand roman sur la solitude.
Mieux qu'un quote ou un post analytique, on cherchait ici à DiD une façon exceptionnelle de rendre hommage au cinéaste au détour de ce livre écrit sans lui (il y a longtemps que JLG fait en sorte d'effacer toute matière biographique,et il n'a bien sur prêté aucun concours à son biographe). On a remis la main sur 30 minutes radio d'une incroyable partie de pingpong cinéfolle entre Godard, qui venait de sortir Soigne ta droite, et le critique Serge Daney. L'émission -mythique, toujours épique - s'appelait Microfilms et cette session particulière doit dater de décembre 1987. Tutoiements.

Microfilms : Serge Daney-Jean-Luc Godard, décembre 1987

Antoine de Baecque, Godard (Biographie), Grasset, 2010

Wednesday, 10 March 2010

Carl Johan De Geer, Long live the large family, 1970's

Collectionner les livres de photos est une folie plus grande encore que collectionner les disques rares. A New York, à cent mètres de chez Other Music, au 33 Bond Street, il y a Dashwood - un sous-sol. mais classe, boutique presque froide, où se bousculent raretés, indispensables du moment et un nombre affolant de bouquins importés du Japon (on en reparle très bientôt)... Dimanche après-midi, on pouvait pour 25$ se porter acquéreur d’un exemplaire (sur un tirage limité à seulement 250 unités) du dernier catalogue à allure de fanzine que Dashwood vient de publier : Long Live the Large Family. Soit 40 pages softcover, quatre photos noir et blancs par page, provenant toutes d’un premier bouquin de CJ de Geer (Med kameran som trost // The camera as a consolation) publié en 1980 au Danemark. De Geer a mené de front plusieurs vies : artiste, cinéaste, écrivain, créateur de vêtement, présentateur d’un show à la télé, éditeur d’une revue contre culturelle (Puss, qui doit vouloir dire Kiss) un peu gourou devenu vaguement sociologue sur le tard ou je ne sais quoi d’autre... il est peut-être quelque chose comme le JF Bizot danois ou sa caricature.
Je ne sais pas toujours ce que racontent exactement les 76 photos de Long Live the Large Family, je ne sais pas bien si ces enfants qui feuillettent une revue porno dans un bus sont de la même famille que ce sosie de Ricardo Villalobos qui tient un cahier de notes sur un rocher au bord de l’eau. Ni cette fille surprise sous la douche qui se couvre la bouche mais pas le reste, ni cette autre fille qui se lève un matin pour traverser une cuisine en désordre de son seul peignoir blanc, ni celui-là, gigolo maigre et arrogant, qui téléphone à poil et cet autre qui,en un arrangement arty terroriste, a apposé conjointement un appareil photo et une arme à feux. Je ne sais pas non plus qui dort/baise dans ce lit défait ou qui met des pièces dans ce vieux jukebox au fond d'un bar. Je sais juste qu’ils ont tous l’air d'évoluer dans la même ville (Copenhague, sans doute), et d’y vivre intensément la même aventure en noir et blanc : les communautaires années 70. Je ne veux pas en savoir plus, ne veux pas qu'on me dise les noms, les appartenances, les groupuscules, les fonctions. J’aime bien, en fait, que ce livre garde l’instantanéité de son mystère. Qu'il reste immédiat et lointain - anonyme et danois. Mardi soir, Carl Johan De Geer était à Dashwood pour signer les derniers exemplaires de ce petit livre. Mercredi matin, le site de la boutique annonçait l'objet comme d'ores et déjà épuisé.
Long live the dysfunctional family.






















Carl Johan De Geer, Long live the large family, Dashwood Books/ Boo-Hooray, NY, 2010

Sam Shepard, A mi-chemin, 2002


Lui a eu brièvement son grand moment en France, où au milieu des années 80 il était inévitable entre le scénario palmé d’or de Paris, Texas, son interprétation de beau cowboy fanfaron mais intact aux cotés d’une Kim Basinger pour une fois bonne dans Fool for love un Altman combinant odeurs de crottin et relents de théâtre existentialiste adapté d’une de ses pièces de théâtre, et le volume de nouvelles magnifiques qu’avait publié alors 10/18 : Motel Chronicles/Lune Faucon – un livre que je peux relire en revoyant avec précision la lumière matinale de ces jours d’avril 1987 qui en entouraient la découverte affamée.
Aux Etats-Unis, sa cote est plus constante, il est encore un héros, un peu fatigué comme tous les héros, adulé pour ses pièces (prix Pulitzer en 79, rien moins), ses nouvelles, sa légende (ex de Patti Smith, mari de Jessica Lange, compagnon de route des Stones époque foulards ou du Antonioni Zabriskie). Adulé parce que pour décrire les restes avariés d’un grand American West en passe de disparaître, il n’y pas mieux que Sentimental Shepard, orphelin d’une Amérique de misfits errants sans but défini entre le rodéo, les comptoirs à barfly et l’envie perpétuelle de tout plaquer pour tout recommencer ailleurs. Sa mélancolie tient à peu de choses : là-bas, l’herbe est plus verte et comme tentation on n’a pas trouvé mieux, il va falloir alors une fois encore repartir à la recherche de son propre horizon, inévitablement, ça vous prend aux tripes, quelque chose à vous empêcher de fermer l’œil nuits après nuits, mais l’illusion a la peau moins dure que les doutes et, passé une centaine de kilomètres à rouler sans se retourner dans le désert, les remords, la désillusion reprennent la main. Il n’a jamais raconté que ça : la solitude masculine face à ses décisions, la maladresse malade de l’homme. Open all night.

A mi-chemin est sans doute plus inégal que Motel Chronicles – comme chaque fois que chez Shepard la mythologie le cède un peu au folklore. Mais il n'en est pas moins opérant. Sans doute parce qu’on y entrevoit une fois encore l’immensité du paysage imaginaire américain, l'abime de son horizon. Et on y rencontre les mêmes pages à couper le souffle sur le père (le sien avait l’air de se poser là comme version redneck/fracassée d’Harry Dean Stanton, un parangon de vieux cow-boy gourdineur, désormais cuit finissant ermite dans le désert à ruminer mille gâchis sentimentaux). Le fantôme d’un géniteur volage - et bon qu’à ça : l’abandon chronique- hante toute une bonne partie de ce A mi-chemin, même si son fantôme pourri est planqué cette fois (et on peut le regretter) sous le faux anonymat de la fiction. Mais comme la fiction ici ne trompe personne, on continuera à lire ces brefs textes comme autant de pages d’un journal autobiographique.
Anyhow... Ces jours-ci, un petit peu perdu là sur les routes intérieures nord-américaines, quelque part entre le Canada et l’Amérique, ce livre vaut pour nous comme meilleur compagnon de voyage possible. Ne serait-ce que pour une phrase, une seule phrase qui nous mis à genoux, hier matin même, dans la lumière photogénique d’un bar de Toronto : «La vie, c’est ce qui vous arrive quand vous rêviez de faire autre chose.»
On répète : «La vie, c’est ce qui vous arrive quand vous rêviez de faire autre chose.»
Tout est un peu dit là, non ?


(et un dernier pour la route)
«Cette femme. Quand était-ce, la première fois que je l’ai embrassée ? Et qui je faisais semblant d’être, alors ?"

Sam Shepard, À mi-chemin (Great dream of heaven), traduit par Bernard Cohen, 2002, 10/18.

(New) Journalism (2) – An Internet Reader


La sortie ce mois-ci de la première biographie en français de Hunter S. Thompson redonne un peu d’actualité à la légende de ce Nouveau Journalisme ici évoqué il y a quelques mois. Et rappellera à ceux qui l’auraient oublié, ou apprendra à ceux qui l’ignoreraient, que Thompson n’était pas cette caricature exhibo-nombrilisto-junkie que répercute l’écho blogueur de l’époque ; mais avant tout un journaliste déterminé à se mesurer aux monstres de son temps (Nixon, Ali, l’Utopie des Sixties), doublé d’un styliste halluciné déterminé à écrire en même temps le Grand Roman Américain. Sur papier journal.

Car, si l’on recherche le fil commun qui relierait les grandes figures de la bibliographie hétéroclite du Nouveau Journalisme, le seul qui soit véritablement incontestable est bien celui-là : tous ces textes ont été publiés dans des journaux. C’est-à-dire dans des supports à grand tirage, bon marché et accessibles, mais éphémères ; le jour suivant, le mois suivant, un nouveau numéro chassait l’ancien et l’article disparaissait, pour des mois ou des années, parfois pour toujours s’il n’était pas republié dans un livre. Jusqu’à l’âge de l’internet, du moins ; qui aura eu cet effet proprement miraculeux de faire réémerger de leur néant de papier jauni les archives de la plupart des grands magazines du XXème siècle. Et donc quelques uns des grands textes du New Journalism. Petite sélection, puisée dans la partie 100% gratuite du web :

* Gay Talese, Frank Sinatra Has A Cold, Esquire, avril 1966 : portrait transversal et désormais classique de la star en seigneur de la Renaissance au milieu de ses sujets

* George Plimpton, Zero of the Lions, Sports Illustrated, septembre 1964 : le football américain vu de l’intérieur, littéralement (et douloureusement)

* Tom Wolfe, Radical Chic, New York Magazine, juin 1970 : les Black Panthers chez Leonard Bernstein, en 1970 (de vrais rebellllles, ma chère)

* Tom Wolfe, The Birth of 'The New Journalism' : An Eyewitness Report, New York Magazine, février 1972 : l’article qui deviendra la préface de l’anthologie New Journalism

… et, en guise de bonus beats 00s, l’article que j’ai le plus conseillé depuis trois ans :

* Evan Right, Pat Dollard’s War on Hollywood, Vanity Fair, mars 2007 : sidérant article-fleuve de 20 000 mots sur un impresario de Hollywood devenu war junkie à Bagdad ; absolument stupéfiant, à tous les sens du terme

Wednesday, 24 February 2010

petit frere

la famille s'agrandit... Cela faisait longtemps qu'on se posait la question, on a finalement franchi le pas... Disorder in Discipline (pourquoi faire complique?) sera donc le jumeau exact (facon "salle obscure", pas "vilain petit canard") de Discipline in Disorder. Mais il parlera de Films, de tout les films. Ci dessous la petite introduction publiee il y a deux jours... si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, les posts ont commence...

"Et bien surement parce que cela a fini par s'imposer... Il fallait s'y attendre remarquez. Nous voulions (et voulons toujours) parler de livres, mais on regarde tellement de films. L'opposition entre livres et films, lire et regarder, bof, elle ne compte pas beaucoup pour nous et les principes installes pour Discipline in Disorder sont ici encore valables. On parlera de films sans les limites que le critique parfois s'impose, nombreuses souvent, actualite et legitimite principalement. Commenter, certes, mais passer surtout, avec peut-etre un petit cote pratique ("Cherie, mon dieu, que regardez ce soir?").On devrait arriver assez facilement a balayer large, avec une predilection pour ce que l'on espere que l'autre n'a pas vu (notre seul reel snobisme fondamentalement): classiques oublies, etrangetes, films interdits, series de A a Z avec l'ouverture que l'on veut necessaire pour echapper au site nerd/geek (voeu pieu). Pour le reste, on verra avec le temps.
Un petit mot sur la disponibilite des films dont on parlera: Aujourd'hui, presque tout est disponible sur la toile justement. Nous n'inclurons pas les liens de download directement dans notre discours mais on vous indiquera surement ou chercher. Il est desormais presque facile de downloader en quelques minutes un film auparavant totalement indisponible (detail technique : un compte Rapidshare deviendra vite indispensable). On ne s'occupera pas ici du debat "sabotage de l'industrie cinematographique" vs "sauvetage culturel". Pas le temps, trop de films a regarder..."

Disorder in Discipline

Quelques mots pour vous annoncer la naissance d'un frère jumeau à Discipline in Disorder, Disorder in Discipline, où l'on essaiera de parler de cinéma, des films que l'on a pas oublié comme de ceux qui viennent de surgir dans nos disques durs. Hors actualité et dans la jungle des téléchargements nous tenterons de tailler notre propre chemin, en se souvenant qu'il n'y a pas si longtemps, les films se voyaient encore en salle.

Tuesday, 23 February 2010

Quote

"1945/KoKo. Donnie avait appelé Gibby pour qu'il vienne l'écouter, un disque qu'il avait acheté pour l'autre face, une ballade de Don Byas. Et puis voilà qu'il y avait ce type Charlie Parker et ses Re-Bop Boys qui jouait "KoKo". Ils se regardaient l'un l'autre, fumant une Wings à tour de rôle. Ils étaient presque effrayés. Rien à voir avec la rue, ou le quartier, ou le Yodel's, ou Al, ou Eddy. Ou les filles. Ou les bals du vendredi soir. Le Democratic Club local. Le billard à hui boules. Un monde de bouleversement et de ténèbres aux contours précis. Noir.
Un air étranger. cela aurait pu être Rimbaud venu à leurs oreilles en toute candeur. Que faisait le batteur? les notes compressées puis lâchées, filant, scintillant. Le son de ce métal brillant qu'on écorchait.
Ils s'abandonnèrent. Ils revinrent. Ils rirent et passèrent une heure de Benny Goodman et puis repassèrent Parker. La même joie éclatante. Ils sortirent et la rue leur parut différente. Ils la virent étroite. Avec des gens fermés à ce monde gigantesque. Ça avait fait sauter une partie du mur qui les entourait. Par le trou, Apollinaire, leur faisant signe de venir dans son fabuleux Texas. Charlie Parker jouant sous les tilleuls."

Gilbert Sorrentino, Steelwork, 1970, traduction Bernard Hoepffner, éditions Cent Pages 2003

*Kulchur était une revue poétique - beat, post beat, branchée aussi sur l'art et le jazz - fondée à New York en 1960, emmenée par Gilbert Sorrentino, Leroi Jones et Lita Hornick. Elle connut 20 numéros, du printemps 60 à l'hiver 65. More infos ici

Tuesday, 16 February 2010

50 for 10 - Déjà lu

Donald Ray Pollock, Knockemstiff, Harvill Secker, 2008.
voir d in d

Yussef Bazzi – Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri (Verticales, 2007)
voir d in d

Roberto Bolano, 2666, Christian Bourgeois, 2008.
voir d in d

Antoine D'Agata/Christine Delory Momberger, Le Désir du Monde, Teraedre, 2008.
voir d in d

Sean O' Brien, The Drowned book, Picador, 2007.
voir d in d

Campbell/Olsen/Walden, the Narcotic Farm, Abrams, 2003.
voir d in d

John Barker - futurs- Grasset-2005
Philippe Garnier en a très bien parlé dans sa playlist...


Monday, 15 February 2010

50 for 10-finale

Suite et fin des 50 livres de la décennie version D in D. on vous renvoie au premier post de la série pour une liste complète, inclus les livres dont nous avions déjà parlé dans D in D. Cette liste fut réalisée par Pornochio, Karine Charpentier, xgatitox, Bazooka et Pierre Evil. On attend vos commentaires pour ceux que vous estimez manquer...


Jon Savage, Teenage- The Creation of Youth 1875-1945, Chatto & Windus, 2007.

Avec Marcus, le pape archiviste/compiler/historien des subcultures en Angleterre. Autorite sur la periode punk et sur la gay pop (joli cd), Savage sort un peu de ses sentiers battus underground pour tendre vers le legitime et les 80 pages de notes). Et oui, on remonte plus loin, on sort de Londres. Le fait que Savage s'arrete la ou generalement on commence rend le livre assez lumineux, son ton mi-universitaire, mi-autodidacte rock n'roll fait le reste. Et c'est justement, comme avec le Alex Ross, le transversal qui fait eviter l'infinitesimal nerd assez enervant pour le lecteur ayant passe 35 ans. Toutes ces histoires vraies (pas si connues) font un vrai livre d'histoire. On apprend, on apprend. Et presque en chantant.


Simon Reynolds, Rip it up and Start Again, aliia, 2007.

L’histoire du post punk de 1978 à 1984. Dans l’œil du cyclone, Simon Reynolds l’un des derniers grand rock critique, se demande si, entre expérimentions et pop, les véritables artificiers du rock ne furent-ils pas plutôt les héritiers que les pionniers.


Tim Brooks, Lost Sounds / Blacks and the Birth of the Recording Industry 1890-1919 (University of Illinois Press 2007)

Epais, austère, bourré de notes et présenté dans un emballage qui évoque davantage un manuel d’économie que le NME, Lost Sounds est un pur produit de cette bibliothèque d’Alexandrie moderne, l’université américaine. Où la géographie (sub)culturelle des Etats-Unis est minutieusement cartographiée par des érudits qui, de temps en temps, délivrent un catalogue de merveilles et d’histoires tel que Lost Sounds, recensement aussi exhaustif que possible de tous les enregistrements réalisés par des Noirs américains entre 1890 et 1919. En ces temps lointains, tous les enregistrements étaient exceptionnels, qu’ils saisissent un numéro de music-hall, un concert philharmonique ou un discours politique, et plus encore si leurs protagonistes étaient des Noirs, à l’époque de Jim Crow. En passant d’un enregistrement à l’autre, Tim Brooks nous offre ainsi un panorama baroque de l’Amérique du début du siècle, entre basse et haute culture, entre racisme et libération, entre Booker T. Washington, le respectable avocat de l’émancipation graduelle de son peuple, et George Washington Johnson, la star des minstrel shows des années 1890, dont le « désopilant » numéro The Laughing Coon fut le premier tube noir de l’histoire (Brooks nous apprend que, parce que les cylindres ne pouvaient être produits qu’en très petite quantité, Johnson enregistra ce morceau à l’hilarité navrante des milliers de fois). On croisera également le grand Jack Johnson, narrant son combat légendaire contre le « grand espoir blanc » Tim Jeffries, des chanteurs d’opéra noirs (remontant en sens inverse la route du métissage musical), des troupes de Negro Spirituals finançant des universités noires, et des quantités d’autres histoires d’un autre temps. Un double CD a été publié en 2007 par Archeophone. Son livret constitue une bonne synthèse pour ceux que rebuterait la taille de ce monument.



Don de Lillo, Cosmopolis, Actes Sud, 2003.

Sans être le meilleur DeLillo (Les Noms, Mao II restent indépassables), on garde en mémoire, de ce texte court et glaçant racontant de façon analytique - postmoderne - le début d'une journée d’un homme d’affaire américain, des descriptions d’aubes admirées depuis la fenêtre de la chambre d’hôtel, des moments brefs mais étirés sur un chapitre entier, quelques lignes comme ça dotées d’une puissance d’évocation telle qu’elles peuvent vous donner la sensation physique de caresser la froideur métallique des algorithmes qui, chaque seconde, estiment la hauteur des cours boursiers. Devenu indispensable depuis le krach de septembre 2008 - bientôt adapté par Cronenberg.


Charles Stross, Iron Sunrise, Orbit, 2005.

Certainement le seul ecrivain S-F qui nous aura marque (pour) la decennie passee. Mea Culpa, on n'en lit pas assez. Mais on a lu tout Stross, auteur, dans la grande tradition pulp, tres prolifique (un titre par an). On laissera de cote sa Fantasy (genre maudit?), reste deux categories: A lire tres tres vite (mais assez jubilatoire pour l'ado encore en nous), ses deux tomes d'espionnage post-Lovecraft (l'acne m'en pousse) : La Chambre aux Atrocites (avec ses mechants sorciers nazis) et Jennifer's Morgue (sympathique mise en abime, litteralement de Ian Fleming). On s'arretera surement plus longuement sur sa S-F "classique". La tendance est resolumment "scientifique", les livres plus complexes que pompeux (on y prefere les intrigues quantiques aux sagas space operas, le tout nerveux, bourre d'idees, souvent assez drole. Et parmi tout ceux-la? Ils se valent a peu pres, petit faible pour celui-ci et son uchronie bolcheviko-habsbourg pre 1917 resolumment chic.



Cedric Lagandré, L'Actualité Pure, PUF, 2009.

En me baladant cet ete dans le sud de la France, j'ai eu le plaisir de constater que la philosophie francaise de gauche prend de la place dans les rayons des librairies (la prime allant a Sauramps a Montpellier). Et puis Badiou dans les charts de la FNAC l'annee derniere, petit chaud au coeur. On vous presente un des derniers enerves (tendance raisonnable). Deux courts ouvrages (courts et accessibles), celui-ci et La Societe Integrale, et pas mal d'idees assez chics: le "tout vitesse" empeche tout mouvement, le "tout immediat" ("tutti medias": dirait l'autre) tentaculaire empeche la pensee, et participe aux moyens de controle social aujourd'hui en vigueur.Totalitarisme soft ? Totalitarisme quand meme...

Beatriz Preciado, Le Manifeste Contra-Sexuel, Balland, 2000.

Cruellement indisponible, la bible des annees queer. Les defauts de Preciado (neologismes/raisonnements a l'esbrouffe, narcissisme de la pensee et, sans jeu de mots, confusion des genres...) qui etouffent litteralement Testo Junkie sorti l'annee derniere etaient ici plutot de touchants et revigorants signes de "la pensee en marche" (Pour ceux qui preferent rester assis derriere leur bureau, on conseillera plutot Vamps et Tramps (Quel affreux titre), le recueil d'essais de Camille Paglia).Vu de loin (enfin de moins loin que beaucoup), la diffusion des idees issues de Preciado dans le monde under-intellectuel (moi aussi je m'y met au neologisme) est impressionant. Force des concepts ? peut-etre... Une parfaite adequation entre un parcours personnel et l'air du temps (on ne se prononcera pas sur l'equilibre du rapport) ? certainement... En tout cas, et, pour une fois, objectivement, peu de livres ont autant leur place ici que celui-ci.



Theodore Roszak, La Conspiration des Tenebres, Le Cherche Midi, 2004.

On est sur d'une seule chose, c'est d'avoir aimé ce livre... Mais c'est loin, on en vient a douter, on ne sait plus tres bien comment on s'est fait prendre. Jalouse- t'on les vrais critiques au cerveau Rolodex ? Bof, Eux couchent tellement que l'Amour, hein...
Bref, ce qui reste du pave : une histoire de critiques justement. Un truc qui nous touche forcement, la quete du film (livre/disque) perdu dont on a tous reve (la quete pas le mac Guffin. Polar, fantastique, metaphysique de comptoir et conspiracy theories? un peu tout ca et un "je ne sais quoi", recette pour Pulp Fiction un peu richard...

Sunday, 14 February 2010

50 for 10-part 4

4e partie de notre liste des livres recommandables de la décennie passée. Nos choix, dans le désordre.

Alain Badiou, Le Siecle, Seuil, 2005.

On ne pourra pas lui oter le titre de penseur de la decennie (je ne deteste pas son cote un peu star d'ailleurs, c'est assez contradictoire donc humain). Ou en serait-on s'il n'etait pas la ? Le succes "populaire" de De Quoi Sarkozy est il le nom ? fut une des rares bonnes surprises de cette fin de decennie. Pourquoi celui la ? Parce que L'Ethique (celui qui posa le plus clairement les bases de sa pensee politique) est 90's et que Logiques des Mondes, j'aurais vraiment aime pouvoir le lire. Enfin et surtout, la, sous sa froide et rigoureuse rage maothematique, pointe quand memele poete romantique...

Robert Fisk, La Grande guerre pour la civilisation, La Découverte, 2005.

Robert Fisk est un héros. Reporter star du quotidien britannique The Independent (pour lequel il avait interviewé trois fois Oussama ben Laden quelques mois avant le 11 septembre), il est basé depuis 20 ans à Beyrouth (où sa terrasse depuis un immeuble de Hamra donne, paraît-il, sur la corniche). Hanté depuis l’enfance par la guerre, ayant fait ses armes en Irlande du nord, il a ensuite « couvert » l’Afghanistan, le conflit Iran/Irak, la guerre du golfe et l’invasion américaine en Irak, la guerre civile libanaise, et ses interminables séquelles, sans oublier le conflit israélo.palestinien. Ce livre, tout comme Liban, nation martyre et The Age of the warrior qui lui font suites, passe au bain révélateur les enjeux mondiaux actuels. A Redinorep qui se demandait comment un seul homme pouvait avoir baigné autant d’années dans l’horreur sans sombrer mentalement, une copine libanaise répondait récemment qu’elle avait vu Fisk ingurgiter plus d’alcool en une matinée qu’un seul être humain sur une période d’un mois.

Philippe Garnier, Freelance, Flammarion, 2009.

Mort d'un mot: Pigiste. Où comment l’un des plus éminent journaliste français exilé à L.A. rend hommage à son ami Grover Lewis plume oubliée du Rolling Stone des années 70. Freelance est le mausolée de Grower Lewis mais aussi celui d’un métier, le journalisme indépendant, qui n’aura pas survécu à ses artisans. Dernier des mohicans, Garnier nous offre aussi un autoportrait en creux. Livre de l’année, haut la main.


Chuck Pahlaniuk, Lullaby, Vintage, 2002.

La culture populaire (celle du peuple, pas la culture pop) d'une debut d'une decennie appartient toujours a celle qui la precede. Les avants-gardes croient elles participer au mouvement inverse. Il est facile de hurler avec les chiens et qualifier Pa-Pahlaniuk d'auteur nineties. D'autant plus que les chiens ont raison. Culturellement, Pahlaniuk n'etait plus important en ces 00's, son grunge litteraire (realisme onirique trash) semblait bon pour le placard. Ce beau (et muscle-tellement...80's tout ca) prototype de l'auteurundergroundasucces aurait pu essayer de rattraper le temps qui fuit, changer la recette, ou du moins essayer. Non, il raffinera son truc, et donnera les (ses) deux meilleurs romans dans leur (son) style, celui-ci et Rant avant de se perdre un peu en fin de decade. Bientot, c'est a dire presque deja, Pahlaniuk nous rappellera notre jeunesse mais je ne parierai pas sur son absence dans les 50 meilleurs livres des 10's.


Iain Sinclair, London Orbital, Vintage, 2002.

Si l'on me demandait quel ecrivain serait Londres (c'est a dire un peu plus qu'etre londonien) ? Stewart Home, Colin McInnes, Robin Cook/Derek Raymond, et puis les classiques: Westerby, Silitoe, Kersh et son incroyable Night snd the City... Un Londres pluvieux, sale, beau comme seul les choses tristes le sont... Et bien sur l'Est (Soho n'est plus la pute qu'elle etait), l'Est et encore l'Est. Et la, On ne peut eviter Sinclair. Alors on aurait pu choisir son Hackney (pas encore digere) ou son precoce Lud Heat (trop tot), mais c'est le Greater London qui s'impose, son trip M25 qu'est London Orbital. Difficile de decrire Sinclair: entre reportage, histoire, psychogeographie, occulte, politique, hallucinations... Un vrai ton en tout cas, et un des meilleurs guide qui soit.

Conrad Williams, The Unblemished, Virgin books, 2008.

C'est en fait assez difficile de parler des bouquins "de genre" (ici "Horreur") quand on est pas specialiste du rayon concerne mais l'innocence permet d'eviter le discours "boutonneux". Une des idees derriere D in D etait justement que nous parlerions de livres sans que l'on nous donne la parole certes, mais sans que nous la prenions d'autorite non plus (nous nous sommes volontairement positionnes comme "non-critiques litteraires", essayons de ne pas reproduire leurs schemas autoritaires).
Il reste quoi a dire alors ici ? Simplement que cette histoire pourtant grand guignol (gore) a presque reussi a nous faire peur. C'est un peu leger comme fiche de lecture ? Ici justement non.


Mike Davis, Le Stade Dubaï du Capitalisme, Les Prairies Ordinaires, 2006.

Dubaï est aujourd’hui en faillite. Le « stade Dubaï » du capitalisme est donc advenu. Pour le reste, est-il encore utile de vous présenter Mike Davis? ancien ouvrier des abattoirs, ancien routier passé par le marxisme, il est devenu depuis 15 ans le plus lucide analyste post-moderne de l‘expansion « blade runnerienne » des mégalopoles, faisant voir comme personne ce que la Mégalopole -ce cauchemar de Quartz - recouvre comme exclusions sociales. On aurait pu craindre qu’il vire, au fur et à mesure des livres, cassandre professionnelle comme Paul Virilio (devenu un jour subitement gateux), mais non : chaque bouquin depuis l’indispensable City of quartz (paru aux USA à la fin des années 90) en passant par le Pire des mondes possibles, Petite histoire de la voiture piégée, et celui-ci (choisi presque au hasard) est là pour remettre les pendules à l’heure. Terrifiant mais juste. Terrifiant parce que juste.

Dominique Baqué : Histoires d’ailleurs (Artistes et penseurs de l’itinérance), Editions du regard, 2006

Plus connue pour ces études sur la photographie - La photographie plasticienne, l'extrême contemporain – et la question de l'image – Mauvais Genres : érotisme, pornographie, art contemporain - Dominique Baqué explore à travers une polyphonie de figures et de discours le thème de l'ailleurs au cours des 19e et 2O e siècles..
Depuis le détail de la fresque de Masaccio Adam et Eve chassés du paradis (circa 1425) - qui inaugure selon Daniel Arasse « une image de la marche humaine destinée à hanter, sous diverses formes, l'imaginaire européen pendant quelques siècles » -, en passant par les grands explorateurs de l'Orient, les errances de la Beat Generation, les exclus, les exilés, jusqu'aux « figures cheminatoires » - telles que les définit Michel de Certeau : marcher pour réactiver l'espace et réinventer l'ailleurs - l'auteure tente de cerner, à travers ces « histoires d'ailleurs », « le devenir en acte d'une pensée qui soit susceptible d'accueillir l'Autre : marcher, se décentrer, penser-autre ».

W.G. Sebald, Austerlitz, Actes Sud, 2002.

Les livres de Sebald (on peut aussi conseiller Les émigrants, Vertiges, De la destruction) ne ressemblent à aucun autre... Œuvres d'exception, ce sont de véritables curiosités où des documents - photographies, journaux, cartographies… - viennent scander le récit à la manière d'une investigation, d'une réminiscence...dans un vertigineux jeu d'érudition. A l'instar d'un archiviste, Sebald retrace avec minutie et patience la mémoire défaillante ou fragile de personnages hors du commun – ici celle d’un dénommé Austerlitz -, des déracinés, des fantômes à la recherche de leurs origines.
Mort accidentellement en décembre 2001, Sebald, cet exilé volontaire révolté par le silence de toute une génération sur les évènements de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, aura été hanté par une seule appréhension : la disparition.

Hedi Kaddour, Waltenberg, Gallimard, 2005.

Je l'ai offert a plusieurs personnes mais j'ai parfois l'impression que seul moi accroche vraiment... surement parce que c'est le livre le moins rock n'roll de cete decennnie, un fleuve tellement suranne qu'il en devient anti-conformiste. Litterature de genre et style ultra travaille (magnifique "faux naturel"), on n'aurait pas parie sur cette option "4e Republique" et pourtant... On y revient en parlant de Savoir-Vivre, son nouveau roman.

Saturday, 13 February 2010

50 for 10-part 3

Troisième partie de notre chart des livres de la décennie passée. Partial et dans le désordre.


Steve Hodel, L'Affaire du Dahlia Noir, Seuil, 2004.

Voila, un truc pris par hasard. N'etant pas fan de True Crime (a part quelques trucs comme Killing for Company) et assez fan ado de Ellroy, on en attendait pas grand chose. Puis la claque. Difficile d'en dire plus sans gacher le plaisir de la descente aux enfers. On a vu recemment que Steve Hodel a sorti un livre petage de boulons sur le Zodiac killer. A voir, cela pourrait donner une perspective encore plus deroutante sur le present ouvrage.

Gabrielle Wittkop, le Sommeil de la raison, Verticales, 2003.

Dérangeante, macabre, Grand-Guignol ET obscène ..., et pour tout cela fascinante, l'œuvre de Gabrielle Wittkop se situe largement au delà de toute morale. A la manière de Goya dans sa célèbre gravure Le Sommeil de la raison - représentant un homme endormi, cerné de créatures cauchemardesques -, Wittkop nous projette, dans de courts textes cruels et inquiétants, en des temps et des lieux surréels, là où les plus sombres passions se mettent en scène...

Stanley Cavell, La Projection du Monde, Belin, 2000.

Cavell, le sceptique. Celui qui a toujours douté du monde - pas appréhendable, toujours loin de nous -, et ne trouve son compte que dans la projection que lui en donne le cinéma. Un art populaire (il aurait tout aussi bien pu écrire sur le jazz) que ce brillant exégète de Wittgenstein, prof à Harvard, auteur d’une philo ardue, préfère entre tous par qu’il est le reflet de l’acceptation de l’ordinaire. Ses longues descriptions des scènes (écrites de mémoire) sont des moments de bonheur où il traque ce qu’il advient des choses à l’écran. S’il admet Rohmer, Godard ou Malick (sa note de bas de page sur Badlands est un des pics du livre), il n’est jamais aussi brillant que lorsqu'il regarde le cinéma classique hollywoodien (Hawks, Sturges, Vidor) - à tel point qu'il en a même identifié un sous genre : la comédie du remariage. Il voit en ce Hollywood grande forme une philosophie du bien, d’avant le fardeau du sérieux, où se dessine une acceptation de soi et un fin du romanesque. Écrit entre 1972 et 1976, c’est donc là, et dix ans avant les deux tomes indispensables de Deleuze, le premier livre de cinéma jamais rédigé par un philosophe.

J-B Thoret, 26 Secondes ou l'Amerique Eclaboussee, Rouge Profond/Raccords, 2003.

Le 22 février à Dallas aux alentours de 12H25 heure locale, le président Kennedy est assassiné. Du haut d’un muret à droite de Elm Street, Abrahm Zapruder filme la scène avec sa caméra. En 26 secondes et 477 photogrammes, il enregistre le basculement d’une nation dans la terreur.Jean Baptiste Thoret, l’un des critiques de cinéma les plus pertinents de l’époque, traque ici l’impact du Zapruder film sur le cinéma américain, analyse, de De Palma à Pakula en passant par Coppola, le développement d’une esthétique conspirationiste durant les années 70, la contamination (l’éclaboussement ?) de la fiction par l’horreur de la réalité.

Mary Woronov, Snake, Five Star Paperback, 2002.


Premier roman d'une actrice culte aux Etats-Unis en partie grâce aux films de Paul Bartel (Rock’n Roll High School, Eating Raoul), Mary Woronov est surtout l’une des figures emblématiques de la Factory de Warhol, jouant aux côtés de Nico dans Chelsea Girls et "dansant le fouet" avec Gérard Malanga pour le Velvet Underground période Exploding Plastic Inevitable. Snake, road-movie décapant dont l'histoire se dérobe au fil des pages, nous entraîne aux limites de la folie, flottant entre rêves et réalité.... Bienvenu ( ?) dans un monde à la fois inquiétant et envoutant. Reptilien, vraiment.



Dori Hadar, Mingering Mike, Princeton Architectural Press, 2007.

Mingering Mike : roi de la Soul et du Funk à l’âge d’or du Soul Power, seul vrai rival de James Brown, star internationale, il a dominé les années 60-70 avec ses albums-concepts socialement engagés, ses films auto-produits et ses nombreux concerts autour du monde. Mais personne ne s’en souvient. Pourquoi ? Probablement parce que Mingering Mike est d’abord un personnage dessiné au stylo à bille, aux habits coloriés au feutre et dont les disques sont des pièces uniques, découpées dans du carton. Probablement parce qu’il est le fruit de l’imagination délirante et joyeuse d’un garçon timide de Washington, Mike Stevens, qui l’a fait vivre dans le secret de sa chambre pendant dix ans, jusqu’à ce qu’il se lasse de cette carrière imaginaire. Et si Stevens n’avait pas un jour oublié de payer pour le loyer du local de stockage où il avait entreposé les œuvres complètes de Mingering Mike, celles-ci ne se seraient jamais retrouvées sur le marché aux puces où un crate-digger nommé Dori Hadar les découvrit un jour de 2003. Leurs pochettes et leurs rondelles sont aujourd’hui reproduites dans ce livre qui, avec tous ces numéros de catalogue, ces sous-labels et ces logos imaginaires, est un pur délice pour quiconque a un peu baigné dans la collection de disques. Mais ce qui émeut le plus dans l’improbable destin de Mingering Mike, ce n’est pas tant l’extraordinaire inventivité de son créateur, c’est qu’elle n’ait pas eu d’autres admirateurs que lui-même (et ses cousins) pendant plus de 30 ans. Ce qui fait de sa création le fantasme ultime de tout amateur de musique : un génie absolu dont on aurait perdu jusqu’au souvenir, et dont on redécouvrirait tout à coup l’œuvre entière, intacte et inouïe. Regardez, lisez ces disques. Et imaginez.


Gerard Naziri, Nazis on Speed-Drogen im 3rd Reich vol 1-2, Pieper Werner Medienexp, 2002.

ah ah... voila un livre qui "a l'air" d'avoir sa place ici. Cette "Histoire de la Drogue sous le IIIe Reich", c'est un vrai fantasme de nerd plus ou moins rock n'roll ou de punk plus ou moins intello (i.e. l'ensemble de la redaction ?). Fantasme, on en restera la pour l'instant puisqu'on ne lit pas l'allemand. Un reve parmi 50 realites, c'est acceptable.

Rajiv Chandrasekaran, Dans la zone verte, L’Olivier, 2008.

Irak 2004 - Pourquoi ça n’a pas marché, par un journaliste du Washington Post. Encore un non fiction book, mais écrit avec l’acuité féroce d’un JG Ballard. Preuve que la décennie passée a définitivement brouillé les pistes de la narration (comme chaque fois que le monde est en crise, non ?). La guerre en Irak ressemble donc tellement à celle du Vietnam qu’elle a même déjà son grand livre, son Putain de mort. Si jamais c’était celui-ci, sachez qu’il est amer comme l’époque. Qu'il s’ouvre par une description de GI terrorisés à l’idée de sortir de leur enceinte sécurisée et passant leurs après-midi en maillots de bain kakis à plonger dans la piscine aux reflets azur de l’ancien Palais de Saddam Hussein.


Dai Vaughan, Non-Return, Seren, 2005.

Voila une belle injustice de non-traduction... Une autre me direz vous... Mais je ne sais pas si celle la sera corrigee. Pour des livres un peu rock n'roll, un peu "cultes" (le monopole Claro, ou Knockemstiff traduit par Garnier), il y a souvent un petit editeur (modele Allia), un peu comme, en des temps revolus, il y eu des labels indes. La, Vaughan sent trop la litterature (Il est aussi poete-Courage fuyons!), est aussi glamour qu'un Bukowski a jeun et a une visiblite d'ermite en son propre royaume (ou, il est vrai, le peuple et la jeunesse ne lit pas).C'est mal parti pour le Femina. Son bouquin le plus accessible, Non-Return est une histoire de famille multi-portes, floue presque, la langue et le ressenti prenant d'assaut la genealogie. On aime un peu comme on aime le Waltenberg de Kaddour, c'est a dire en se demandant un peu pourquoi.Waltenberg lui, a ete traduit en anglais. Et oui, Si le peuple et la jeunesse britannique ne lit pas, elle n'en a pas moins plutot bon gout. Dont (en esperant) acte.



Compilation: Karine Charpentier, xgatiox, Pierre Evil, Pornochio, Bazooka.